vendredi 19 janvier 2007
au sujet du livre de Sadek Sellam (Alain Messaoudi)
au sujet du livre de Sadek Sellam
une introduction subjective
mais vivante à la situation contemporaine
de l’islam en France
Alain MESSAOUDI
S. Sellam, La France et ses musulmans. Un siècle de politique
musulmane. 1895-2005, Fayard, 2006, 392 p.
La parution de cet ouvrage chez un éditeur d’histoire générale à large
diffusion témoigne d’un regain d’intérêt pour l’histoire de l’islam en
France, regain qui s’inscrit dans un mouvement plus général de relecture
de la période coloniale en considérant son héritage actuel, cinquante
ans après les indépendances politiques.
Loin d’être une œuvre de circonstance rapidement écrite pour surfer sur
une vague médiatique, ce livre est le fruit de longues années de travail
et de ruminations. Il approfondit les jalons déjà posés dans un
précédent ouvrage paru il y a près de vingt ans (L’Islam et les
Musulmans en France. Perceptions, craintes et réalités, Tougui, 1987).
Il s’articule en trois volets. Le premier («L’islam en France, une
présence séculaire»), part des musulmans. Sous la forme de neuf
chapitres ordonnés chronologiquement, il indique sous forme de flashes
les premiers témoignages de la présence de l’islam en France avant 1895,
puis présente les milieux islamophiles des comtistes au Collège libre
des sciences sociales et à la Revue de l’islam (1895-1902).
Il donne
ensuite un aperçu du milieu des convertis, autour de la Fraternité
musulmane (1907-1926), avant d’évoquer l’islam dans l’immigration
ouvrière, ses courants réformiste (avec la figure de Malek Bennabi) et
confrérique, et l’œuvre du Centre culturel islamique de Paris
(1952-1971), où des intellectuels musulmans venus d’horizons nationaux
divers se rencontrent, avec un ouverture aux non-musulmans et au
dialogue inter-religieux, autour en particulier de Muhammad Hamidullah
et Haïdar Bammate. Fort de recherches de première main, il met en
évidence l’intérêt de revues et de groupes tombés dans l’oubli. On peut
espérer que ces premiers sondages susciteront de nouveaux travaux
historiques. Les deux autres volets envisagent la question de l’islam
non plus du point de vue des fidèles, mais du point de vue de l’État : à
une partie sur «La France et ses sujets musulmans (1830-1947)» fait
écho une autre sur «La France et ses citoyens musulmans (1947-2004)».
Porté par un engagement à la fois religieux et civique, l’auteur ne
mâche pas ses mots et juge sévèrement la situation contemporaine et les
compromissions passées et présentes de l’État français. Les convictions
du musulman, proche de la tradition du réformisme algérien des oulémas,
sont sensibles. Le ton n’est pas parfois sans une certaine véhémence,
tonnant contre la faiblesse de la culture de la presse généraliste en
matière d’islam – il vise en particulier Le Monde – et contre la
prépondérance dans le monde académique d’une approche de l’islam en
terme de sciences politiques, qui aurait eu pour conséquence de mettre
en avant un fondamentalisme musulman ultra-minoritaire, arbre cachant la
forêt d’un «islam des familles» ritualiste, néo-réformiste et
apolitique, largement répandu en France.
La politique gouvernementale qui, depuis les années 1980, vise à contrôler et à encadrer l’islam en France d’une façon de plus en plus volontariste est accusée de n’avoir pas rompu avec le péché originel d’une politique coloniale mêlant politique et religion. La façon dont l’État français a indéfiniment reporté l’application de la loi de 1905 portant séparation des églises et de l’État est, pour l’auteur, au cœur des difficultés actuelles. Il est particulièrement critique pour les responsables musulmans de la société des habous et de la mosquée de Paris (dont il souligne avec regret que l’institut d’études prévu initialement soit toujours resté une fiction), les algériens Kaddour Benghabrit (en 1917) puis Hamza Boubakeur (nommé en 1958 par Guy Mollet, et resté en place jusqu’en 1982). Il y voit l’origine de la «pluriétatisation du culte musulman en France (1982-1990)» : le modèle de la mosquée de Paris contrôlée par l’Algérie aurait inspiré les autres États qui auraient cherché à leur tour à contrôler chacun un «secteur» (mosquées d’Évry, de Mantes-la-Jolie, des Mureaux, de Lyon…), aboutissant au monopole de la «bande des quatre» (mosquée de Paris, UOIF, FNMF et Tabligh), à ses yeux peu représentatifs de la réalité de l’islam en France.
Il présente
cependant favorablement les tentatives de plusieurs ministres de
l’Intérieur en direction d’une nouvelle approche de l’islam :
constitution du CORIF (Conseil de réflexion sur l’islam en France,
Pierre Joxe, 1990), projet d’École des hautes études islamiques
(Jean-Pierre Chevènement, 1992), élection du CFCM (Conseil français du
culte musulman, Daniel Vaillant et Nicolas Sarkozy, 2002-2003). La
liberté de ton, et la richesse de la documentation font de l’ouvrage une
introduction subjective mais vivante à la situation contemporaine de
l’islam en France.
La partie concernant la période 1830-1947 permet de rappeler le passé
colonial où se sont institués les rapports de la France et de l’islam.
L’auteur rappelle le grand écart entre les promesses faites en 1830 de
garantir l’exercice de la religion musulmane et les confiscations
effectives des propriétés habous, dans un climat de violence qui dépasse
largement celui de la nationalisation des biens du clergé sous la
Révolution française, et l’ambiguïté d’une politique à la fois dirigée
par la peur et par la raison, entre la volonté d’affaiblir un islam où
les forces de résistance à l’occupation française semblent se concentrer
et la nécessité de se l’allier, seule garantie d’un avenir stabilisé.
une vision un peu manichéenne de l’administration française
Construit sur de solides lectures, on peut cependant lui reprocher d’en être parfois resté à une vision un peu manichéenne de l’administration française, peut-être parce que l’auteur construit son raisonnement sur le seul cas de l’Algérie. Sans doute emporté par son engagement contemporain, il est amené à dessiner d’un trait un peu trop grossier la ligne de partage entre les «islamojustes» et les «tenants de l’assimilation et du tout sécuritaire» (p. 161). On pourra aussi lui reprocher de donner une image trop peu nuancée de la haute administration coloniale algérienne de la deuxième moitié du XIXe siècle, loin d’être unanimement hostile à l’islam. La documentation de S. Sellam est certes suffisamment riche pour donner à voir la complexité de la politique musulmane française – qui passe aussi par l’institution de médersas et le financement – bien souvent mesquin, certes – d’un personnel religieux. Mais il lui arrive d’appliquer des jugements anachroniques marqués de l’expérience d’une répression administrative qui s’est développée dans le deuxième tiers du XXe siècle, en même temps que le nationalisme algérien musulman.
On ne voit pas assez clairement, par exemple, que les médersas sont défendues au sein de l’administration par des fonctionnaires convaincus qu’il faut favoriser le développement d’un islam réformé – et contrôlé. Et que les hauts fonctionnaires – y compris la direction des affaires indigènes – doivent souvent renoncer à la réalisation de leurs projets sous la pression des élus, dans un régime démocratique qui exclut de la représentation la majorité de la population musulmane.
Dans le même ordre d’esprit, Sadek
Sellam, dans la lignée d’une historiographie nationaliste qui, par
définition, tend à exclure les apports «étrangers» à la construction
nationale, passe sous silence le fait que l’administration française a
accompagné les premiers pas du réformisme musulman en Algérie. Son livre
ne permet pas de comprendre la logique propre de la politique des
républicains opportunistes héritiers de Jules Ferry, fort éloignés d’une
visée purement assimilationniste comme il le sous-entend parfois. Il
reconnaît leur action en faveur des médersas réformées en 1895, mais
leur reproche de s’être opposés à l’application immédiate de la loi de
séparation des églises et de l’Etat en 1905, sans envisager qu’il ait pu
s’agir là d’un pragmatisme tactique en vue de mieux affermir un islam
réformé alors que la «politique musulmane» est en butte aux critiques
de coloniaux radicaux hostiles à toute promotion d’une religion
abhorrée. Les figures d’un Louis Machuel à Tunis ou d’un William Marçais
à Alger auraient mérité d’être introduites à leur juste mesure. En 1908,
par exemple, Abdelkader Medjaoui, professeur à la médersa d’Alger, dont
Sellam rappelle qu’il a été un précurseur des réformistes (p. 168), est
jugé par son directeur W. Marçais comme «l’esprit le plus fin, le plus
original, peut-être le plus affranchi» parmi ses collaborateurs
musulmans.
Devant le réformisme musulman, les hauts fonctionnaires
français n’expriment pas encore la crainte qui se fera jour après la
Grande Guerre et dominera à partir des années trente. Dans le même ordre
d’esprit, on pourra regretter des oppositions trop tranchées (p.
188-189) entre un Louis Massignon présenté pur de tout lien avec les
administrations coloniales (ce qui est inexact) et les mauvais génies
Dominique Luciani ou Robert Montagne – figures pourtant plus complexes
que celles qu’ont dessinées leurs adversaires nationalistes. La sévérité
de S. Sellam envers «l’islamologie universitaire», tancée tantôt pour
son «érudition absentéiste» (p. 42), tantôt pour avoir été la servante
des intérêts de la puissance coloniale, l’amène à des inexactitudes –
ainsi quand il qualifie l’historien et homme politique Gabriel Hanoteaux
d’orientaliste pour l’opposer aux milieux islamophiles de la Revue de
l’islam (p. 43).
En dépit de ces quelques réserves, on ne peut que recommander la lecture
d’un livre engagé et documenté à la fois, riche de portraits d’acteurs
souvent méconnus (auxquels un index des noms de personnes permet
d’accéder facilement), écrit d’une plume alerte (on lui pardonnera
quelques piques excessives), et édité avec soin.
Alain Messaoudi
- Alain Messaoudi : bio-bibliographie
samedi 28 octobre 2006
"Intelligences de l'islam" : critique du livre Histoire de l'islam et des musulmans en France (Henri Tincq)
Critique
Intelligences de l'islam
Henri TINCQ
Le Monde des livres, 19 octobre 2006
Des effigies du pape que l'on piétine ou l'on brûle. Des artistes que l'on censure ou qui s'autocensurent. Des
hommes que l'on tue ou qui se tuent. L'islam est un volcan en perpétuelle éruption. Le travail d'investigation et d'apprivoisement mutuel viendra-t-il un jour à bout de l'ignorance et des extrémismes ? C'est l'espoir qu'expriment les auteurs d'une nouvelle vague d'ouvrages sur l'islam, la plus grosse depuis les lendemains du 11-Septembre.
Avec, au-dessus de la pile, le volume de 1200 pages dirigé par Mohamed Arkoun, professeur émérite à la Sorbonne, préfacé par Jacques Le Goff, auquel ont participé soixante-dix historiens et chercheurs. C'est la boîte à outils que l'on n'osait plus espérer pour rectifier les images et les stéréotypes, replacer le fait islamique dans le long cours pour mieux le comprendre dans son actualité, mesurer les phénomènes d'attraction et de répulsion qui se jouent, depuis treize siècles, entre la religion de Mahomet et un pays, la France, un continent, l'Europe, qui n'ont jamais aussi bien forgé leur identité que dans l'affrontement à l'Autre. Un autre qui fut souvent le musulman.
On est ici dans l'histoire du "long temps" et la comparaison avec Braudel n'est pas déplacée. Les bibliothèques croulent sous les études partielles qui, des invasions arabes à celle des Turcs, des croisades aux guerres coloniales, des Lumières à l'expédition égyptienne de Bonaparte et aux "orientalismes", ont forgé une image souvent faussée ou
tronquée de l'islam. Mais jamais personne n'avait songé à en faire une synthèse. Comme dit Jean Mouttapa, éditeur et père du projet, la France n'a que des "mémoires particulières" de l'islam, celles que restituent les empoignades sur l'immigration ou, à l'occasion, un film comme Indigènes, ou les polémiques sur la torture en Algérie ou les "bienfaits" de la colonisation.
Ce volume comble un vide sur un impensé bien français. Il vise, non les savants, mais les éducateurs, professeurs de lycée ou acteurs de terrain. Tous les chercheurs pressentis - des médiévistes comme Philippe Sénac ou Jean Flori, aux modernes comme Gilles Veinstein, Henry Laurens, Michel Renard, Benjamin Stora et tant d'autres - ont accepté de participer à cette oeuvre citoyenne, qui n'est pas d'abord une histoire événementielle, mais une histoire d'imaginaires collectifs, une histoire de regards portés sur l'Autre.
Ces siècles de rapports entre la France et les sociétés musulmanes relèvent de la "mytho-histoire", comme
dit Mohamed Arkoun. Ils sont traversés de mythes entretenus par la France chrétienne, ou la France républicaine et coloniale, ou parfois les deux ensemble, comme pour le mythe de la "bataille de Poitiers", dont la démesure est inversement proportionnelle à la faiblesse des documents historiques sur cet épisode de razzia qui a fait de Charles Martel un sauveur de la chrétienté !
SYSTÈMES D'EXCLUSION MUTUELLE
Les dés sont pipés dès le Moyen Age par les chroniqueurs des guerres chrétiennes contre les "Sarrasins" (désignation ethnique - dérivé de Sarah, femme d'Abraham - pour une religion alors inconnue) ou des courses barbaresques contre les Etats européens. Au XIIe siècle, Guibert de Nogent fait de Mahomet "un pseudo-prophète épileptique et un Antéchrist". Relus aujourd'hui, les récits de la vie du Prophète dans les chroniques latines et byzantines - "charlatan" "hérésiarque", "faux prophète polygame et débauché" - rendraient bien pâles les caricatures danoises !
La propagande des croisés contre les "infidèles" accélère la diabolisation. Sur fond de guerre sainte et de djihad, deux systèmes "théologico-militaires" d'exclusion mutuelle se mettent en place. On fait de l'islam
une religion païenne et idolâtre, soit un retournement radical de la critique faite au christianisme (religion trinitaire donc polythéiste) par l'islam. Après la prise de Constantinople (1453), le Turc remplace le Sarrasin dans l'imaginaire, mais le fil rouge demeure. La religion de Mahomet est instrumentalisée pour servir de repoussoir à tous les jeux de pouvoir qui se livrent en Europe et sur les rives de la Méditerranée.
Au XIIe siècle, le Coran avait été traduit pour la première fois en latin par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, mais c'était pour faciliter le travail de réfutation. Plus tard, à une époque où les "turqueries" renforcent la fiction d'un islam despotique et sensuel, Voltaire détourne dans son Mahomet l'image du prophète pour "dénoncer l'Infâme" - le fanatisme religieux -, faute de pouvoir s'en prendre à l'Eglise. Rousseau voit au contraire dans les moeurs ottomanes plus de sagesse que dans les régimes chrétiens. L'instrumentalisation se poursuivra, contre leur gré, jusque chez les orientalistes à des fins d'affichage de la supériorité de la civilisation européenne, justifiant par là les guerres coloniales et l'occupation qui précéda les indépendances.
On ne fera qu'un reproche à cet éminent travail. La périodisation retenue - Moyen Age, Renaissance, temps modernes, Lumières, etc. - obéit à un découpage européen et non musulman. L'islam connaît un "parcours inversé", comme dit Mohamed Arkoun. Son "âge classique" - qui va du VIIIe au XIIIe siècle - est celui de la montée en force de la pensée arabe, de découvertes scientifiques et philosophiques (Averroès) qui profitent à l'intelligence européenne, à la Sorbonne, à Oxford, à Bologne, etc. Cet âge d'or s'écroule et commence alors pour l'islam une longue période de régression intellectuelle et politique qui, sauf les humiliations des guerres coloniales, n'est pas traitée pour elle-même dans cet ouvrage. Arkoun admet qu'il y a une faille de la science historique sur ce décrochage de l'islam par rapport à l'Europe, qui explique bien des affrontements d'aujourd'hui.
Devant un dossier souvent accablant, un travail de mémoire et de conscience critiques est exigé de la France. Mais on peut légitimement se demander si l'islam sera un jour capable de faire ce même travail d'introspection historique sur ses propres stéréotypes concernant la France et l'Occident.
Henri Tincq
_____________________________________________________________
HISTOIRE DE L'ISLAM ET DES MUSULMANS EN FRANCE
DU MOYEN-AGE À NOS JOURS,
sous la direction de Mohammed Arkoun,
préface de Jacques Le Goff, Albin Michel, 1 220 p., 49 €.
lundi 4 septembre 2006
Histoire de l'islam et des musulmans en France (à paraître en octobre 2006 aux éditions Albin Michel)

immolation d'un mouton à la Mosquée de Paris, aïd el kebir 1927
Histoire de l'islam
et des musulmans en France
du Moyen Âge à nos jours
(éditions Albin Michel)

enterrement de Sliman ben-Saïd, lieutenant indigène au 2e Régiment de Tirailleurs
Algériens en garnison à Paris (années 1860 ?)
Histoire de l'islam et des
du Moyen Âge à nos jours
- ouvrage à paraître le 4 octobre 2006
collectif dirigé par Mohammed Arkoun
préface de Jacques Le Goff
éditions Albin Michel
* les deux illustrations ci-dessus font partie du travail de recherche de Michel Renard (université Paris VIII-Saint-Denis)

Mohammed Arkoun a assuré
la direction scientifique de l'ouvrage
Présentation de l'éditeur
Cette somme encyclopédique exceptionnelle est la toute première à rendre compte avec clarté et sur le long terme de l'histoire des relations étroites entre la France et l'islam.
Depuis la bataille de Poitiers en 732 jusqu'aux questions les plus contemporaines, en passant par la présence musulmane dans le sud de la France au Moyen Âge, la longue confrontation des Croisades, les relations franco-ottomanes à la Renaissance, l'orientalisme de l'âge classique, l'épopée napoléonienne en Égypte, la colonisation, l'orientalisme savant, littéraire et pictural au XIXe siècle, la présence musulmane dans l'armée lors des deux guerres mondiales, les premières vagues d'immigration, la guerre d'Algérie, les relations culturelles contemporaines, etc., c'est une véritable fresque, ausis passionnante que rigoureuse, qui nous est offerte par les meilleurs spécialistes de chaque période.
Il s'agit aussi, et surtout, d'une histoire des mentalités et des mythologies nationales : du "sarrasin" médiéval à "l'immigré" d'aujourd'hui, les modulations de l'image du musulman et de sa foi sont analysées à travers leur expression dans la philosophie, la littérature, les arts, l'opinion populaire et celle des élites françaises. Au-delà des faits clairement exposés, il s'agit par exemple d'évaluer l'impact du mythe de la secte des Assassins ou de celui de Saladin, l'influence de la pensée d'Avicenne et d'Averroès, des sciences arabes médiévales, la mode des "turqueries" à l'âge classique, l'image politique de l'islam pour les philosophes des Lumières, les ambiguïtés de l'idéologie coloniale, le tropisme orientaliste de Loti, Hugo, Delacroix, l'influence des Mille et une nuits sur Proust, etc.
Enfin, de cette fresque vivante se détachent de nombreuses figures attachantes, telles que celles de
Guillaume Postel, l'émir Abdelkader, Lyautey, le cardinal Lavigerie, le converti Ismaïl Urbain, Charles de Foucault, Massignon, etc.
Chacune des quatre grandes parties (Moyen-Âge, époque moderne, période contemporaine et temps présent) commence par un tableau chronologique.
L'iconographie est, pour l'essentiel, choisie et commentée par les historiens. Glossaire, index des noms propres, bibliographie générale se trouvent en fin de volume.
Une autre histoire de France : pour la première fois, l'histoire de France des débuts (avant même que la France ne soit France !) jusqu'à nos jours, considérée du point de vue de ses relations avec cet Autre que représente l'islam.
À l'heure où certains parlent "d'incompatibilité" entre la France et l'islam, cette somme éditoriale montre l'interpénétration des deux cultures au cours d'une histoire multiséculaire, certes souvent conflictuelle, mais aussi très enrichissante pour les deux protagonistes.
direction éditoriale : Jean Mouttapa
coordination éditoriale : Anne-Sophie Jouanneau
Jean Mouttapa
Le livre traite donc particulièrement des perceptions de l'islam et des musulmans. Au XIXe siècle, par exemple, on a "héroïsé" l'affrontement entre les Francs de la Gaule du Nord et les Sarrazins durant le Haut Moyen Âge. Ci-dessous, un tableau de la galerie des batailles au château de Versailles, ayant pour auteur Charles de Steuben et datant de 1834/1837, est intitulé "Bataille de Poitiers en 732". Il a été commandé par le roi Louis Philippe à une époque où la France combat les troupes d'Abd el-Kader dans l'ancien territoire de la Régence d'Alger.
Michel Rernard
trois images d'une exposition du Centre des Archives d'outre-mer (Caom) à Aix-en-Provence en 2004 (dir. Jean-Robert Henry) :
«La fidélité de l'autre France. Les chefs arabes savent garder la foi jurée»,
Le Petit Journal, 15 décembre 1907. Coll. part.
«L'islam du faubourg»,
dans Voilà, 4 février 1933. Coll. part.
La Gerbe, numéro spécial de la collection «l'Enfantine»,
n° 98, «le Rhamadan», avril 1939. Coll. part.
Histoire de l'islam et des musulmans en
France, du Moyen Âge à nos jours
ouvrage collectif dirigé par Mohammed Arkoun
- liste complète des auteurs
1216 pages, 75 auteurs, 50 illustrations noir et blanc, 2 cahiers couleurs de 16 pages
prix de lancement : 49 euros jusqu'au 31 janvier 2007
contact presse : Frédérique Pons : frederique.pons@albin-michel.fr
éditions Albin Michel : 22, rue Huyghens - 75017 Paris - tél. 01 42 79 10 00
- commander l'Histoire de l'islam et des musulmans en France...

Mosquée de Paris, aïd el kebir 1927












