lundi 11 octobre 2010

un documentaire sur l'histoire des musulmans en France

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Musulmans de France :

un documentaire en trois épisodes (2009)


Être musulman dans la France d’aujourd’hui, c’est hériter d’une histoire tumultueuse, écrite au fil du temps par des Maghrébins et des Africains venus ici pour combattre ou travailler. Grâce à de nombreux témoignages et images d’archives, cette trilogie documentaire apporte un éclairage sur un siècle de présence musulmane, de l’arrivée de Kabyles dans les mines du Nord en 1904 jusqu’en 2007.

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Musulmans de France - Indigènes : 1904-1945

  • Genre : Documentaire - Culture Infos
  • Pays : France
  • Nationalité : français
  • Date de sortie : 2009
  • Durée : 1h
  • réalisateur : Emmanuel Blanchard, Karim Miské, Mohamed Joseph
    Production : COMPAGNIE DES PHARES & BALISES
    Participation : FRANCE TÉLÉVISIONS
           

En 1904, 5000 musulmans travaillent en métropole, à Paris, Marseille ou dans le Nord. La Première Guerre mondiale en fait des soldats et, en 1918, le bilan est lourd pour ces militaires. Au lendemain du conflit, la France salue le sacrifice des troupes coloniales et, en 1926, la construction de la Mosquée de Paris débute. Cette politique islamophile de prestige se heurte à la situation des 100 000 musulmans venus reconstruire le pays. Mal logés, en mauvaise santé, considérés comme dangereux, ils sont tenus à l'écart du reste de la population. Une police spéciale, la brigade nord-africaine, traque sans relâche les premiers indépendantistes menés par Messali Hadj.

La guerre d'Algérie va pour un temps ostraciser les populations maghrébines vivant en métropole. Dans les années 60 de la croissance économique, ils sont désormais des immigrés. Des travailleurs africains les rejoignent.

Dans les années 80, la génération de ceux nés en France revendique sa place dans la société. Les espoirs seront vite déçus et une partie des jeunes en plein désarroi se replie sur l'identité musulmane. Dans les années 2000, la confusion dans les esprits s'amplifie entre pratique de la religion et radicalisme religieux...

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- présentation des trois épisodes sur ina.fr et extrait du premier

- un extrait [avec 30 secondes de pub débile...!!] du premier épisode avec images filmés de travailleurs algériens dans la rue d'Aubagne à Marseille en 1920, et interwiew de Mohamed Zenaf (de Saint-Chamond) dont le grand-père est venu en France au tout début des années 1900 :

http://www.dailymotion.com/video/xbvstn_musulmans-de-france-extrait-1-ep1_news

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vendredi 19 février 2010

émission "France 5" le mardi 23 février à 20 h 35

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un siècle de présence musulmane

en France


documentaire de Karim Miske

diffusé sur France 5, le mardi 23 février 2010, à 20 h 35

* bande-annonce

• Ce triptyque est librement inspiré du livre Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Age à nos jours, ouvrage collectif sous la direction de Mohammed Arkoun (éditions Albin Michel).

* extraits vidéo

À revoir en DVD

Un double DVD de Musulmans de France sera en vente le 11 mars. Edité par France Télévisions Distribution, ce coffret regroupe les trois épisodes de la série documentaire et propose, en bonus, une interview du réalisateur Karim Miské, un making of de la musique originale et des sous-titres pour sourds et malentendants.

présentation officielle

Etre musulman dans la France d'aujourd'hui, c'est hériter d'une histoire tumultueuse, écrite au fil du temps par des Maghrébins et des Africains venus ici pour combattre ou travailler. Grâce à de nombreux témoignages et images d'archives, cette trilogie documentaire apporte un éclairage sur un siècle de présence musulmane, de l'arrivée de Kabyles dans les mines du Nord en 1904 jusqu'en 2007. Au début de cette émission spéciale et entre chaque volet de la série, Carole Gaessler recevra un invité en plateau.


Episode 1
Indigènes : 1904-1945

Episode 1 Indigènes : 1904-1945

En 1904, 5 000 musulmans travaillent en métropole, dans les usines de la capitale, les savonneries marseillaises ou les bassins miniers du Nord. La Première Guerre mondiale en fait des soldats. Venus d'Afrique du Nord et d'Afrique noire, ils découvrent la France dans les tranchées de Verdun. En 1918, le bilan est lourd pour ces troupes : 80 000 morts, autant de blessés. Au lendemain de la guerre, la France salue le sacrifice des troupes coloniales : elle est fière d'être un «grand empire musulman».
Pour preuve, la construction de la mosquée de Paris, en 1926, et les honneurs réservés à son premier recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, musulman d'Algérie et haut fonctionnaire du Quai d'Orsay. Mais cette politique islamophile de prestige doit être confrontée à la situation des 100 000 musulmans venus reconstruire le pays. Mal logés, en mauvaise santé, considérés comme dangereux, ils sont tenus à l'écart du reste de la population. L'hôpital «franco-musulman» qui leur est exclusivement réservé est étroitement lié aux services de police. Une police spéciale, la brigade nord-africaine, traque sans relâche les premiers indépendantistes menés par Messali Hadj. Car la politisation fait son chemin… Et lorsque la Seconde Guerre éclate, la France recrute à nouveau massivement dans ses colonies.

Episode 2
Immigrés : 1945-1981

Episode 2Immigrés : 1945-1981

L'année 1945 marque le début d'une nouvelle ère : celle de l'enracinement. La vie des travailleurs algériens et marocains s'organise désormais autour des cafés, des hôtels, des épiceries… Leurs épouses les rejoignent. Des enfants naissent en France. Tous prennent de plein fouet la guerre d'Algérie, qui éclate en novembre 1954 et s'exporte en France, où les attentats se multiplient. Pour les autorités, les Nord-Africains sont désormais des suspects, sans distinction. La répression policière atteint son paroxysme lors de la manifestation du 17 octobre 1961 : une centaine d'Algériens sont assassinés en une nuit. Bien que chèrement gagnée, l'indépendance n'inverse pas les flux migratoires.
Les Algériens continuent d'affluer massivement vers la France et ses bidonvilles, où ils sont désormais des immigrés. Sur fond de misère, le fossé se creuse avec leurs enfants, qui grandissent en France, fréquentent les écoles de la République et s'immergent dans la culture française. Mai 1968 fait surgir la « question immigrée » dans le débat public et suscite une vaste campagne de relogement dans des foyers et des HLM. L'opinion découvre alors la présence discrète des travailleurs africains, pour la plupart des musulmans venus du Sénégal, du Mali et de Mauritanie. Mais les années 1970 restent celles d'un interminable après-guerre d'Algérie : crimes racistes, drame des harkis parqués dans des camps… Au seuil des années 1980, les enfants d'hier sont devenus des adolescents. La France, qui ne les a pas vus grandir, va bientôt apprendre à compter avec eux.

Episode 3
Français : 1981-2009

Nés en France, ceux que l'on appelle «beurs» entrent dans l'âge adulte en pleine crise économique. Leur culture est métissée, entre école de la République et traditions familiales venues du «bled». Cette génération revendique sa place. Face à la recrudescence des crimes racistes, les jeunes Arabes des banlieues débutent en 1983 une Marche pour l'égalité et contre le racisme (ou Marche des beurs) qui rassemble plus de 100 000 personnes à son arrivée à Paris. Leurs espoirs seront vite déçus… La fin des années 1980 est marquée par la montée du Front national. En réaction, une partie de ces jeunes, en plein désarroi, se replie sur l'identité musulmane.
C'est le début de l'affaire du voile (1989). A l'été 1995, une série d'attentats secoue la France. Khaled Kelkal, un jeune de Vaulx-en-Velin, devient l'ennemi public numéro 1. La confusion entre pratique de l'islam et islamisme s'amplifie. Dans les cités, jeunes Arabes et jeunes Noirs inventent, à partir du hip-hop américain, une contre-culture qui devient culture de masse. S'ouvre alors une période paradoxale. Alors que le pays célèbre dans l'hystérie les couleurs black-blanc-beur de 1998, la seconde Intifada (2000) devient un combat de substitution pour certains jeunes désorientés qui s'en prennent à la communauté juive.
L'effondrement des tours jumelles en 2001 achève de stigmatiser les musulmans. À un moment où, pourtant, l'expression «musulmans de France» prend tout son sens. Au point que, en 2007, l'entrée au gouvernement de trois femmes issues de l'immigration — Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade — apparaît à beaucoup comme aussi nécessaire que tardive.


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vendredi 19 janvier 2007

au sujet du livre de Sadek Sellam (Alain Messaoudi)

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au sujet du livre de Sadek Sellam

une introduction subjective

mais vivante à la situation contemporaine

de l’islam en France

Alain MESSAOUDI



9782213628547MS. Sellam, La France et ses musulmans. Un siècle de politique
musulmane. 1895-2005
, Fayard, 2006, 392 p.

La parution de cet ouvrage chez un éditeur d’histoire générale à large diffusion témoigne d’un regain d’intérêt pour l’histoire de l’islam en France, regain qui s’inscrit dans un mouvement plus général de relecture de la période coloniale en considérant son héritage actuel, cinquante ans après les indépendances politiques.

Loin d’être une œuvre de circonstance rapidement écrite pour surfer sur une vague médiatique, ce livre est le fruit de longues années de travail et de ruminations. Il approfondit les jalons déjà posés dans un précédent ouvrage paru il y a près de vingt ans (L’Islam et les Musulmans en France. Perceptions, craintes et réalités, Tougui, 1987). Il s’articule en trois volets. Le premier («L’islam en France, une présence séculaire»), part des musulmans. Sous la forme de neuf chapitres ordonnés chronologiquement, il indique sous forme de flashes les premiers témoignages de la présence de l’islam en France avant 1895, puis présente les milieux islamophiles des comtistes au Collège libre des sciences sociales et à la Revue de l’islam (1895-1902).

Il donne ensuite un aperçu du milieu des convertis, autour de la Fraternité musulmane (1907-1926), avant d’évoquer l’islam dans l’immigration ouvrière, ses courants réformiste (avec la figure de Malek Bennabi) et confrérique, et l’œuvre du Centre culturel islamique de Paris (1952-1971), où des intellectuels musulmans venus d’horizons nationaux divers se rencontrent, avec un ouverture aux non-musulmans et au dialogue inter-religieux, autour en particulier de Muhammad Hamidullah et Haïdar Bammate. Fort de recherches de première main, il met en évidence l’intérêt de revues et de groupes tombés dans l’oubli. On peut espérer que ces premiers sondages susciteront de nouveaux travaux historiques. Les deux autres volets envisagent la question de l’islam non plus du point de vue des fidèles, mais du point de vue de l’État : à une partie sur «La France et ses sujets musulmans (1830-1947)» fait écho une autre sur «La France et ses citoyens musulmans (1947-2004)».

sadek_sellam_d_c_1998 Porté par un engagement à la fois religieux et civique, l’auteur ne mâche pas ses mots et juge sévèrement la situation contemporaine et les compromissions passées et présentes de l’État français. Les convictions du musulman, proche de la tradition du réformisme algérien des oulémas, sont sensibles. Le ton n’est pas parfois sans une certaine véhémence, tonnant contre la faiblesse de la culture de la presse généraliste en matière d’islam – il vise en particulier Le Monde – et contre la prépondérance dans le monde académique d’une approche de l’islam en terme de sciences politiques, qui aurait eu pour conséquence de mettre en avant un fondamentalisme musulman ultra-minoritaire, arbre cachant la forêt d’un «islam des familles» ritualiste, néo-réformiste et apolitique, largement répandu en France.

La politique gouvernementale qui, depuis les années 1980, vise à contrôler et à encadrer l’islam en France d’une façon de plus en plus volontariste est accusée de n’avoir pas rompu avec le péché originel d’une politique coloniale mêlant politique et religion. La façon dont l’État français a indéfiniment reporté l’application de la loi de 1905 portant séparation des églises et de l’État est, pour l’auteur, au cœur des difficultés actuelles. Il est particulièrement critique pour les responsables musulmans de la société des habous et de la mosquée de Paris (dont il souligne avec regret que l’institut d’études prévu initialement soit toujours resté une fiction), les algériens Kaddour Benghabrit (en 1917) puis Hamza Boubakeur (nommé en 1958 par Guy Mollet, et resté en place jusqu’en 1982). Il y voit l’origine de la «pluriétatisation du culte musulman en France (1982-1990)» : le modèle de la mosquée de Paris contrôlée par l’Algérie aurait inspiré les autres États qui auraient cherché à leur tour à contrôler chacun un «secteur» (mosquées d’Évry, de Mantes-la-Jolie, des Mureaux, de Lyon…), aboutissant au monopole de la «bande des quatre» (mosquée de Paris, UOIF, FNMF et Tabligh), à ses yeux peu représentatifs de la réalité de l’islam en France.

Il présente cependant favorablement les tentatives de plusieurs ministres de l’Intérieur en direction d’une nouvelle approche de l’islam : constitution du CORIF (Conseil de réflexion sur l’islam en France, Pierre Joxe, 1990), projet d’École des hautes études islamiques (Jean-Pierre Chevènement, 1992), élection du CFCM (Conseil français du culte musulman, Daniel Vaillant et Nicolas Sarkozy, 2002-2003). La liberté de ton, et la richesse de la documentation font de l’ouvrage une introduction subjective mais vivante à la situation contemporaine de l’islam en France.

La partie concernant la période 1830-1947 permet de rappeler le passé colonial où se sont institués les rapports de la France et de l’islam. L’auteur rappelle le grand écart entre les promesses faites en 1830 de garantir l’exercice de la religion musulmane et les confiscations effectives des propriétés habous, dans un climat de violence qui dépasse largement celui de la nationalisation des biens du clergé sous la Révolution française, et l’ambiguïté d’une politique à la fois dirigée par la peur et par la raison, entre la volonté d’affaiblir un islam où les forces de résistance à l’occupation française semblent se concentrer et la nécessité de se l’allier, seule garantie d’un avenir stabilisé.


une vision un peu manichéenne de l’administration française

Construit sur de solides lectures, on peut cependant lui reprocher d’en être parfois resté à une vision un peu manichéenne de l’administration française, peut-être parce que l’auteur construit son raisonnement sur le seul cas de l’Algérie. Sans doute emporté par son engagement contemporain, il est amené à dessiner d’un trait un peu trop grossier la ligne de partage entre les «islamojustes» et les «tenants de l’assimilation et du tout sécuritaire» (p. 161). On pourra aussi lui reprocher de donner une image trop peu nuancée de la haute administration coloniale algérienne de la deuxième moitié du XIXe siècle, loin d’être unanimement hostile à l’islam. La documentation de S. Sellam est certes suffisamment riche pour donner à voir la complexité de la politique musulmane française – qui passe aussi par l’institution de médersas et le financement – bien souvent mesquin, certes – d’un personnel religieux. Mais il lui arrive d’appliquer des jugements anachroniques marqués de l’expérience d’une répression administrative qui s’est développée dans le deuxième tiers du XXe siècle, en même temps que le nationalisme algérien musulman.

On ne voit pas assez clairement, par exemple, que les médersas sont défendues au sein de l’administration par des fonctionnaires convaincus qu’il faut favoriser le développement d’un islam réformé – et contrôlé. Et que les hauts fonctionnaires – y compris la direction des affaires indigènes – doivent souvent renoncer à la réalisation de leurs projets sous la pression des élus, dans un régime démocratique qui exclut de la représentation la majorité de la population musulmane.

Dans le même ordre d’esprit, Sadek Sellam, dans la lignée d’une historiographie nationaliste qui, parsadek_sellam__2__d_c_1998 définition, tend à exclure les apports «étrangers» à la construction nationale, passe sous silence le fait que l’administration française a accompagné les premiers pas du réformisme musulman en Algérie. Son livre ne permet pas de comprendre la logique propre de la politique des républicains opportunistes héritiers de Jules Ferry, fort éloignés d’une visée purement assimilationniste comme il le sous-entend parfois. Il reconnaît leur action en faveur des médersas réformées en 1895, mais leur reproche de s’être opposés à l’application immédiate de la loi de séparation des églises et de l’Etat en 1905, sans envisager qu’il ait pu s’agir là d’un pragmatisme tactique en vue de mieux affermir un islam réformé alors que la «politique musulmane» est en butte aux critiques de coloniaux radicaux hostiles à toute promotion d’une religion abhorrée. Les figures d’un Louis Machuel à Tunis ou d’un William Marçais à Alger auraient mérité d’être introduites à leur juste mesure. En 1908, par exemple, Abdelkader Medjaoui, professeur à la médersa d’Alger, dont Sellam rappelle qu’il a été un précurseur des réformistes (p. 168), est jugé par son directeur W. Marçais comme «l’esprit le plus fin, le plus original, peut-être le plus affranchi» parmi ses collaborateurs musulmans.

Devant le réformisme musulman, les hauts fonctionnaires français n’expriment pas encore la crainte qui se fera jour après la Grande Guerre et dominera à partir des années trente. Dans le même ordre d’esprit, on pourra regretter des oppositions trop tranchées (p. 188-189) entre un Louis Massignon présenté pur de tout lien avec les administrations coloniales (ce qui est inexact) et les mauvais génies Dominique Luciani ou Robert Montagne – figures pourtant plus complexes que celles qu’ont dessinées leurs adversaires nationalistes. La sévérité de S. Sellam envers «l’islamologie universitaire», tancée tantôt pour son «érudition absentéiste» (p. 42), tantôt pour avoir été la servante des intérêts de la puissance coloniale, l’amène à des inexactitudes – ainsi quand il qualifie l’historien et homme politique Gabriel Hanoteaux d’orientaliste pour l’opposer aux milieux islamophiles de la Revue de l’islam (p. 43).

En dépit de ces quelques réserves, on ne peut que recommander la lecture d’un livre engagé et documenté à la fois, riche de portraits d’acteurs souvent méconnus (auxquels un index des noms de personnes permet d’accéder facilement), écrit d’une plume alerte (on lui pardonnera quelques piques excessives), et édité avec soin.

Alain Messaoudi

 

- source : IISMM/EHESS

- Alain Messaoudi : bio-bibliographie




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samedi 28 octobre 2006

"Intelligences de l'islam" : critique du livre Histoire de l'islam et des musulmans en France (Henri Tincq)

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Critique

Intelligences de l'islam

Henri TINCQ


Le Monde des livres, 19 octobre 2006

Des effigies du pape que l'on piétine ou l'on brûle. Des artistes que l'on censure ou qui s'autocensurent. DesPakistan_Peshawar_Manif_Caricatures_17fevrier2006_1 hommes que l'on tue ou qui se tuent. L'islam est un volcan en perpétuelle éruption. Le travail d'investigation et d'apprivoisement mutuel viendra-t-il un jour à bout de l'ignorance et des extrémismes ? C'est l'espoir qu'expriment les auteurs d'une nouvelle vague d'ouvrages sur l'islam, la plus grosse depuis les lendemains du 11-Septembre.

Avec, au-dessus de la pile, le volume de 1200 pages dirigé par Mohamed Arkoun, professeur émérite à la Sorbonne, préfacé par Jacques Le Goff, auquel ont participé soixante-dix historiens et chercheurs. C'est la boîte à outils que l'on n'osait plus espérer pour rectifier les images et les stéréotypes, replacer le fait islamique dans le long cours pour mieux le comprendre dans son actualité, mesurer les phénomènes d'attraction et de répulsion qui se jouent, depuis treize siècles, entre la religion de Mahomet et un pays, la France, un continent, l'Europe, qui n'ont jamais aussi bien forgé leur identité que dans l'affrontement à l'Autre. Un autre qui fut souvent le musulman.

On est ici dans l'histoire du "long temps" et la comparaison avec Braudel n'est pas déplacée. Les bibliothèques croulent sous les études partielles qui, des invasions arabes à celle des Turcs, des croisades aux guerres coloniales, des Lumières à l'expédition égyptienne de Bonaparte et aux "orientalismes", ont forgé une image souvent faussée ou bonapartetronquée de l'islam. Mais jamais personne n'avait songé à en faire une synthèse. Comme dit Jean Mouttapa, éditeur et père du projet, la France n'a que des "mémoires particulières" de l'islam, celles que restituent les empoignades sur l'immigration ou, à l'occasion, un film comme Indigènes, ou les polémiques sur la torture en Algérie ou les "bienfaits" de la colonisation.

Ce volume comble un vide sur un impensé bien français. Il vise, non les savants, mais les éducateurs, professeurs de lycée ou acteurs de terrain. Tous les chercheurs pressentis - des médiévistes comme Philippe Sénac ou Jean Flori, aux modernes comme Gilles Veinstein, Henry Laurens, Michel Renard, Benjamin Stora et tant d'autres - ont accepté de participer à cette oeuvre citoyenne, qui n'est pas d'abord une histoire événementielle, mais une histoire d'imaginaires collectifs, une histoire de regards portés sur l'Autre.

Ces siècles de rapports entre la France et les sociétés musulmanes relèvent de la "mytho-histoire", commeMartelPoitiers dit Mohamed Arkoun. Ils sont traversés de mythes entretenus par la France chrétienne, ou la France républicaine et coloniale, ou parfois les deux ensemble, comme pour le mythe de la "bataille de Poitiers", dont la démesure est inversement proportionnelle à la faiblesse des documents historiques sur cet épisode de razzia qui a fait de Charles Martel un sauveur de la chrétienté !


SYSTÈMES D'EXCLUSION MUTUELLE
Les dés sont pipés dès le Moyen Age par les chroniqueurs des guerres chrétiennes contre les "Sarrasins" (désignation ethnique - dérivé de Sarah, femme d'Abraham - pour une religion alors inconnue) ou des courses barbaresques contre les Etats européens. Au XIIe siècle, Guibert de Nogent fait de Mahomet "un pseudo-prophète épileptique et un Antéchrist". Relus aujourd'hui, les récits de la vie du Prophète dans les chroniques latines et byzantines - "charlatan" "hérésiarque", "faux prophète polygame et débauché" - rendraient bien pâles les caricatures danoises !

La propagande des croisés contre les "infidèles" accélère la diabolisation. Sur fond de guerre sainte et de djihad, deux systèmes "théologico-militaires" d'exclusion mutuelle se mettent en place. On fait de l'islam SoldTurcune religion païenne et idolâtre, soit un retournement radical de la critique faite au christianisme (religion trinitaire donc polythéiste) par l'islam. Après la prise de Constantinople (1453), le Turc remplace le Sarrasin dans l'imaginaire, mais le fil rouge demeure. La religion de Mahomet est instrumentalisée pour servir de repoussoir à tous les jeux de pouvoir qui se livrent en Europe et sur les rives de la Méditerranée.

Au XIIe siècle, le Coran avait été traduit pour la première fois en latin par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, mais c'était pour faciliter le travail de réfutation. Plus tard, à une époque où les "turqueries" renforcent la fiction d'un islam despotique et sensuel, Voltaire détourne dans son Mahomet l'image du prophète pour "dénoncer l'Infâme" - le fanatisme religieux -, faute de pouvoir s'en prendre à l'Eglise. Rousseau voit au contraire dans les moeurs ottomanes plus de sagesse que dans les régimes chrétiens. L'instrumentalisation se poursuivra, contre leur gré, jusque chez les orientalistes à des fins d'affichage de la supériorité de la civilisation européenne, justifiant par là les guerres coloniales et l'occupation qui précéda les indépendances.

On ne fera qu'un reproche à cet éminent travail. La périodisation retenue - Moyen Age, Renaissance, temps modernes, Lumières, etc. - obéit à un découpage européen et non musulman. L'islam connaît un "parcours inversé", comme dit Mohamed Arkoun. Son "âge classique" - qui va du VIIIe au XIIIe siècle - est celui de la montée en force de la pensée arabe, de découvertes scientifiques et philosophiques (Averroès) qui profitent à l'intelligence européenne, à la Sorbonne, à Oxford, à Bologne, etc. Cet âge d'or s'écroule et commence alors pour l'islam une longue période de régression intellectuelle et politique qui, sauf les humiliations des guerres coloniales, n'est pas traitée pour elle-même dans cet ouvrage. Arkoun admet qu'il y a une faille de la science historique sur ce décrochage de l'islam par rapport à l'Europe, qui explique bien des affrontements d'aujourd'hui.

Devant un dossier souvent accablant, un travail de mémoire et de conscience critiques est exigé de la France. Mais on peut légitimement se demander si l'islam sera un jour capable de faire ce même travail d'introspection historique sur ses propres stéréotypes concernant la France et l'Occident.

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Henri Tincq

 

_____________________________________________________________

6650567HISTOIRE DE L'ISLAM ET DES MUSULMANS EN FRANCE
DU MOYEN-AGE À NOS JOURS
,
sous la direction de Mohammed Arkoun,
préface de Jacques Le Goff, Albin Michel, 1 220 p., 49 €.





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lundi 4 septembre 2006

Histoire de l'islam et des musulmans en France (à paraître en octobre 2006 aux éditions Albin Michel)


A_d_msq_Paris_1927
immolation d'un mouton à la Mosquée de Paris, aïd el kebir 1927



Histoire de l'islam

et des musulmans en France

du Moyen Âge à nos jours

(éditions Albin Michel)




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enterrement de Sliman ben-Saïd, lieutenant indigène au 2e Régiment de Tirailleurs
Algériens en garnison à Paris (années 1860 ?)



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Histoire de l'islam et des

musulmans en France

du Moyen Âge à nos jours

- ouvrage à paraître le 4 octobre 2006

collectif dirigé par Mohammed Arkoun

préface de Jacques Le Goff

éditions Albin Michel

* les deux illustrations ci-dessus font partie du travail de recherche de Michel Renard (université Paris VIII-Saint-Denis)




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Mohammed Arkoun a assuré
la direction scientifique de l'ouvrage


Présentation de l'éditeur

Cette somme encyclopédique exceptionnelle est la toute première à rendre compte avec clarté et sur le long terme de l'histoire des relations étroites entre la France et l'islam.
Depuis la bataille de Poitiers en 732 jusqu'aux questions les plus contemporaines, en passant par la présence musulmane dans le sud de la France au Moyen Âge, la longue confrontation des Croisades, les relations franco-ottomanes à la Renaissance, l'orientalisme de l'âge classique, l'épopée napoléonienne en Égypte, la colonisation, l'orientalisme savant, littéraire et pictural au XIXe siècle, la présence musulmane dans l'armée lors des deux guerres mondiales, les premières vagues d'immigration, la guerre d'Algérie, les relations culturelles contemporaines, etc., c'est une véritable fresque, ausis passionnante que rigoureuse, qui nous est offerte par les meilleurs spécialistes de chaque période.

Il s'agit aussi, et surtout, d'une histoire des mentalités et des mythologies nationales : du "sarrasin" médiéval à "l'immigré" d'aujourd'hui, les modulations de l'image du musulman et de sa foi sont analysées à travers leur expression dans la philosophie, la littérature, les arts, l'opinion populaire et celle des élites françaises. Au-delà des faits clairement exposés, il s'agit par exemple d'évaluer l'impact du mythe de la secte des Assassins ou de celui de Saladin, l'influence de la pensée d'Avicenne et d'Averroès, des sciences arabes médiévales, la mode des "turqueries" à l'âge classique, l'image politique de l'islam pour les philosophes des Lumières, les ambiguïtés de l'idéologie coloniale, le tropisme orientaliste de Loti, Hugo, Delacroix, l'influence des Mille et une nuits sur Proust, etc.

Enfin, de cette fresque vivante se détachent de nombreuses figures attachantes, telles que celles decouv_livre_ALbin_Michel Guillaume Postel, l'émir Abdelkader, Lyautey, le cardinal Lavigerie, le converti Ismaïl Urbain, Charles de Foucault, Massignon, etc.

Chacune des quatre grandes parties (Moyen-Âge, époque moderne, période contemporaine et temps présent) commence par un tableau chronologique.

L'iconographie est, pour l'essentiel, choisie et commentée par les historiens. Glossaire, index des noms propres, bibliographie générale se trouvent en fin de volume.


Une autre histoire de France : pour la première fois, l'histoire de France des débuts (avant même que la France ne soit France !) jusqu'à nos jours, considérée du point de vue de ses relations avec cet Autre que représente l'islam.
À l'heure où certains parlent "d'incompatibilité" entre la France et l'islam, cette somme éditoriale montre l'interpénétration des deux cultures au cours d'une histoire multiséculaire, certes souvent conflictuelle, mais aussi très enrichissante pour les deux protagonistes.

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direction éditoriale : Jean Mouttapa

coordination éditoriale : Anne-Sophie Jouanneau

 


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Jean Mouttapa


 


Le livre traite donc particulièrement des perceptions de l'islam et des musulmans. Au XIXe siècle, par exemple, on a "héroïsé" l'affrontement entre les Francs de la Gaule du Nord et les Sarrazins durant le Haut Moyen Âge. Ci-dessous, un tableau de la galerie des batailles au château de Versailles, ayant pour auteur Charles de Steuben et datant de 1834/1837, est intitulé "Bataille de Poitiers en 732". Il a été commandé par le roi Louis Philippe à une époque où la France combat les troupes d'Abd el-Kader dans l'ancien territoire de la Régence d'Alger.

Michel Rernard

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trois images d'une exposition du Centre des Archives d'outre-mer (Caom) à Aix-en-Provence en 2004 (dir. Jean-Robert Henry) :

 

Petit_Journal_expo_caom

«La fidélité de l'autre France. Les chefs arabes savent garder la foi jurée»,
Le Petit Journal, 15 décembre 1907. Coll. part.


islam_du_faubourg

«L'islam du faubourg»,
dans Voilà, 4 février 1933. Coll. part.



La_Gerbe

La Gerbe, numéro spécial de la collection «l'Enfantine»,
n° 98, «le Rhamadan», avril 1939. Coll. part.





Histoire de l'islam et des musulmans en

France, du Moyen Âge à nos jours

ouvrage collectif dirigé par Mohammed Arkoun

- liste complète des auteurs

1216 pages, 75 auteurs, 50 illustrations noir et blanc, 2 cahiers couleurs de 16 pages
prix de lancement : 49 euros jusqu'au 31 janvier 2007

contact presse : Frédérique Pons : frederique.pons@albin-michel.fr

éditions Albin Michel : 22, rue Huyghens - 75017 Paris - tél. 01 42 79 10 00

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A_d_msq_Paris_1927
Mosquée de Paris, aïd el kebir 1927




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