mardi 19 mai 2009
le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite (Cannes) : sommaire

alignement des tombes à partir de l'entrée principale
décembre 2004 © Michel Renard
le cimetière musulman
de l'île Sainte-Marguerite (Cannes)
Sommaire des articles consacrés au cimetière
musulman de l'île Sainte-Marguerite et à ses
sépultures (XIXe siècle)
- Enquête de terrain sur l'île Sainte-Marguerite, décembre 2004 (Michel Renard)
- Les prisonniers arabes de l'île Sainte-Marguerite (note sur une carte postale datant d'après 1881)
- Nouvelle enquête de terrain sur l'île Sainte-Marguerite, avril 2005 (Michel Renard)
- Cimetière mamelouk à Sainte-Marguerite ?
- Image de prisonniers arabes amenés sur l'île Sainte-Marguerite en 1882
- une photo de prisonniers algériens vers 1870-1880

chemin et végétation de l'île Sainte-Marguerite
décembre 2004 © Michel Renard
lundi 18 mai 2009
photo des prisonniers algériens sur l'île Sainte-Marguerite

une photo des prisonniers algériens,
vers 1870-1880
Michel RENARD

cliquer sur l'image pour l'agrandir

commentaire
Cette photo provient des archives départementales des Alpes-Maritimes (A.D. 06) à Nice. Je l'ai consultée en salle d'archives en avril 2005. Il y a quelque temps, elle était même disponible sur internet. La fourchette chronologique (1870-1880) est fournie par les A.D. et le cliché attribué à Jean Gilletta (1).
Si ce dernier est bien l'auteur, la date ne peut être antérieure à 1880 puisque Gilletta (1856-1933) n'a commencé à travailler qu'à partir de cette année là.
Jusque là, l'image la plus connue des prisonniers algériens sur l'île Sainte-Marguerite était un autre cliché de Gilletta ayant servi à l'édition de cartes postales. Cette image date du début des années 1880 mais une édition propose une légende discutable (voir ici). Il est vraisemblable (mais pas obligatoire, puisque Gilletta habitait Nice tout proche de Cannes) que les deux clichés ont été effectués lors d'une même visite à Sainte-Marguerite.
L'image conservée aux A.D. révèle un autre aspect de la vie des détenus. Il semble que le contact avec les gardiens soit relativement aisé. La photo montre le mélange des prisonniers algériens, des militaires qui les gardent et du personnel civil du fort (un jardinier ?).
Michel Renard
(1) L'orthographe de Gilletta comporte bien deux "l" et deux "t", mais son nom commercial ne note qu'un "l".
mercredi 25 juillet 2007
Prisonniers arabes amenés sur l'île en 1882
Prisonniers arabes
amenés sur l'île Sainte-Marguerite
en 1882

gravure tirée de l'Illustration et légendée : "Prisonniers arabes amenés à l'ïle
Sainte-Marguerite - d'après le croquis de M. Daveau, notre correspondant à Cannes"
Il y a quelques mois, j'ai trouvé à la vente une image intitulée : "Prisonniers arabes amenés à l'île Sainte-Marguerite. - D'après le croquis de M. Daveau, notre correspondant à Cannes". Il s'agit probablement d'une image découpée dans l'Illustration et destinée à un usage mercantile. Elle ne comporte pas de date. On ne peut donc savoir si un article accompagnait cette image. Mais quelques éléments figurant au dos de celle-ci permettent de la situer :
- l'allusion à la représentation à la Comédie française de Barbérine, pièce de théâtre de Musset ;
- et l'annonce de la parution d'un opuscule de Georges Vicaire, Le récit du grand-père (souvenirs d'Alsace).
Ces événements datent de 1882.
La scène représente une douzaine d'hommes, vêtus de burnous blancs, sortant de deux barques et se dirigeant vers l'escalier qui mène au fort. Trois soldats les "accueillent" et deux autres hommes (civils ou soldats ?) s'affairent sur les barques. Comme la légende indique "d'après le croquis de...", il est possible que cette scène ne soit pas le reflet fidèle de l'événement. Mais elle évoque le séjour dans la prison de Sainte-Marguerite des Algériens condamnés par le pouvoir colonial à la déportation en métropole dans les années 1880.
À cette époque, le ministère de la Guerre avait fait conduire des détenus algériens à Sainte-Marguerite et le photographe niçois Jean Gilletta avait réalisé un cliché édité sous forme de carte postale. (voir article).
Michel Renard
mercredi 23 mai 2007
Cimetière mamelouk à Sainte-Marguerite ?

entrée du "cimetière des Criméens", situé à côté (mais totalement distinct)
du cimetière musulman sur l'île Saint-Marguerite (Cannes) ;
il ne concerne en rien les Mamelouks des années 1815 (?) à 1820. © Michel Renard
Cimetière mamelouk à Sainte-Marguerite ?
Question posée par C. Menichelli
Bonjour,
Je présente une communication au XIIIe congrès de
coptolgie international de Marseille des 7-8-9 juin 2007. Une partie de
cette communication passe par La Légion Copte rentrée à Marseille en
1801 ; après la terreur blanche de juillet 1815, des "mamelouks" ont été
incarcérés (100 à 200 avec femmes et enfants) à l'île Sainte-Marguerite.
Certains sont morts et enterrés à l'île Sainte-Marguerite, des sites web indiquent "cimetière de Crimée et des
Mamelouks" Qui peut me renseigner sur ces Mamelouks de Sainte-Marguerite ?

"cimetière des Criméens", île Saint-Marguerite (Cannes). © Michel Renard
réponse
Peu de choses sont avérées au sujet du séjour des Mamelouks sur la plus grande des îles de Lérins, Sainte-Marguerite. D'après un article de L'Illustration, de 1844 (date précise ?) : "(…) Sous la Restauration, le fort de l'île Sainte-Marguerite eut pour hôtes, de 1817 à 1820, deux cents Égyptiens, hommes, femmes et enfants, remis en, liberté au bout de deux ans et demi, et dont quelques-uns habitent Marseille, où ils se sont établis et fixés." À ma connaissance, personne n'a encore cherché aux Archives départementales à Nice (puisque Sainte-Marguerite dépend de Cannes) ou de Marseille, ce qui pourrait nous renseigner plus avant.
En tout cas, le "cimetière de Crimée" ne concerne en rien les Mamelouks. L'enceinte qui porte ce nom a été aménagée tardivement. La stèle en forme de colonne tronquée qui se trouve en son centre a été élevée en 1893 par le Souvenir Français, d'après la date portée à sa base. Et la première photographie qui en a été faite montre qu'aucune sépulture n'est encore visible autour. On peut en tirer la conclusion que des tombes ont été creusées ailleurs dans l'île, au moment du décès de ces soldats musulmans des troupes françaises en Crimée (1854-1856) accueillis comme malades (ou convalescents ?) à Sainte-Marguerite. Puis que des réinhumations ont été opérées après 1893.
Mais, à ce jour, absolument aucune source ne permet d'identifier la trace de sépultures de Mamelouks sur l'île Saint-Marguerite. Le cimetière des Criméens n'a rien à voir avec cela. Les "sites web" qui évoquent ces questions sont souvent sous-informés.
Au final, rien n'interdit, non plus, d'émettre l'hypothèse que quelques Mamelouks ont été enterrés sur l'île, et qu'il a existé un premier cimetière dans lequel les soldats égyptiens de Napoléon furent ensevelis (?), puis (?) les premiers décédés parmi les prisonniers musulmans algériens (années 1840...), et, enfin (?), les "Criméens" avant leur réinstallation autour du monument du Souvenir Français. Qui donc trouvera ce cimetière ?
Michel Renard

la première image connue du monument érigé (1893) dans le "cimetière des Criméens"
sur l'île Saint-Marguerite ; on constate l'absence de sépultures autour
vendredi 12 janvier 2007
visite de terrain sur l'île Sainte-Marguerite, décembre 2004 (Michel Renard)

le fort de l'île Sainte-Marguerite, vu d'un ponton
décembre 2004 © Michel Renard
visite de terrain, décembre 2004
enquête ethnographique sur une nécropole musulmane oubliée
Michel RENARD

on s'éloigne de Cannes, vue de l'arrière du bâteau ©
- Le 22 décembre 2004, j'accompagne une équipe de FR3 Méditerranée sur l'île Sainte-Marguerite. Marc Civellero, journaliste, a décidé de consacrer un reportage au cimetière musulman après avoir pris connaissance de son existence au cours du stage de formation à l'islam que je dirigeais pour le compte de l'École Supérieure du Journaliste de Lille (ESJ-Médias) quelques mois auparavant. Il a tout organisé, et en même temps que je participe à son reportage au titre de spécialiste, j'effectue une enquête ethnographique
sur le cimetière que je ne connaissais que par les archives et par les photos que m'avait confiées, en mai 2002, Jean-Pierre Rouzaud alors ingénieur des travaux au ministère des Anciens Combattants (Bureau des monuments historiques et des lieux de mémoire).
Sur l'île, nous rencontrons Élysée Vallès [ci-dessus à droite], responsable O.N.F. résidant dans la maison forestière, grand connaisseur du terrain et de son histoire et hôte très chaleureux. L'équipe de FR3 Méditerranée, outre Marc Civallero, comprend Guy Battini (journaliste reporteur d'images) et Jean-François Vuidepot (preneur de son). Sous le titre "Les emmurés de Sainte-Marguerite", leur reportage est diffusé sur FR3 Marseille et sur Mediterraneo le 18 avril 2005.

en conversation avec Élysée Vallès (O.N.F.) dans l'espace du cimetière
(image capturée sur écran télé)
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le cimetière musulman

alignement de tombes à partir de l'entrée principale ©
Relevé ethnographique des vestiges du cimetière
musulman de l'île Sainte-Marguerite
(22 décembre 2004)
Le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite (au large de Cannes, Alpes-Maritimes) est une parcelle d'environ 15 m x 70 m (à peu près 1 000 m2), située en longueur entre le chemin au sud et une bande de forêt puis la mer au nord. À l'est en largeur se trouve un petit chemin, perpandiculaire à la parcelle, puis le cimetière des Criméens. À l'ouest, se trouve l'entrée obstruée par un arbre centenaire.

le dessin des sépultures n'est qu'indicatif © Michel Renard
- la limite du cimetière est matérialisée par une ligne de pierres ancienne sur laquelle a été élevée dans les années 1970 une clôture en tubes métalliques de couleur bleu dont la peinture est aujourd'hui dégradée.
- quatre entrées ont été aménagées, désignées chacune par deux pierres dressées de part et d'autre : la principale à l'angle sud-est, une autre le long du chemin à mi-distance de la longueur, une troisième à l'angle sud-ouest, où se trouve maintenant le totem de renseignement du "parcours historique" ; la quatrième présente une singularité permettant de fixer l'abandon de la parcelle à une date antérieure à 1900 puisqu'un arbre a poussé en son milieu obstruant le passage et que son âge est estimé par Élysée Vallè, conservateur de l'Office National des Forêts, à une centaine d'années.
- env. 200 sépultures visibles (un peu plus : 203, 204…?).
- l'emplacement des tombes est repérable par un aligement plus ou moins ovale de pierre de teinte claire à moitié enterrées ; il n'y a pas de pierre tombale, pas de "dalle".
- certaines sépultures sont de taille plus petites ; on peut émettre l'hypothèse qu'il s'agit de tombes d'enfants.
- certaines tombes sont entièrement couvertes de pierres comme des tumuli.
- la régularité et l'ordonnancement des tombes sont observables à partir de l'entrée principale (angle sud-est) ; plus on avance vers l'ouest, moins cet ordonnancement est respecté, comme s'il avait fallu envisager la saturation de l'espace préalablement désigné pour accueillir le cimetière.
- les tombes sont disposées, dans leur longueur, dans le sens nord-sud, les pieds vers la mer au nord, la tête doit donc être placée au sud et tournée vers l'est.
- stèle sur bloc de Cassis (pas du marbre) portant la mention «à nos frères musulmans morts pour la France» ; peut-être une pierre de réemploi, comportant initialement une autre inscription qui a été effacée (martelée) ; la stèle a probablement été gravée sur place.
Mise à part cette stèle qui fait violence à la vérité historique, aucun autre signe n'accompagne ces inhumations anonymes. Sur les vestiges émouvants du cimetière musulman de Sainte-Marguerite ne veille plus qu'une végétation de maquis formée de filaires, de lentisques, de myrte, de chênes verts et de pins d'Alep.
Michel Renard

alignement de tombes à partir de l'entrée principale ©

angle nord-ouest du cimetière musulman et clôture ©

entrée principale du cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite ©

entrée ouest, obtsruée par un arbre centenaire ©

sépultures dans la partie centrale du cimetière ©

des tombes de dimension variable ©

le dénuement de ces inhumations en accentue le mystère mais aussi la dignité ©

vue du chemin, la stèle ; à droite le cimetière des Criméens ; au fond la mer ©

la localisation du cimetière sur Google Earth (image ajoutée en février 2009)
il faut lire "borne nord-ouest" au lieu de "Sans titre - Repère"
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)
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visite de l'île

approche de l'île Sainte-Marguerite un matin d'hiver ©

on distingue la masse du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

caserne du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

caserne du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

fort de l'île Sainte-Marguerite, avec la tour du sémaphore (installé en 1862) ©

Cannes, vue de l'île Sainte-Marguerite ©

Cannes, vue de l'île Sainte-Marguerite ©

caserne du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

façade nord du fort de l'île Sainte-Marguerite et fenêtres des cellues ©

chemin et végétation de l'île Sainte-Marguerite ©

chemin et végétation de l'île Sainte-Marguerite ©

chemin de ronde du fort et vue sur la partie est de Cannes ©
le cimetière des Criméens

porte d'entrée du cimetière des Criméens, situé à côte du cimetière musulman
(mais nettement distinct) sur l'île Sainte-Marguerite ©
* les "Criméens" sont des combattants français de la guerre de Crimée (1854-1856),
décédés sur l'île dont le fort avait été transformé en lazaret pour les blessés

derrière le cimetière des Criméens, la ville de Cannes ©

dans la cour du fort, la citerne ©

dans la cour du fort, la citerne ©

dans la cour du fort, bâtiment faisant face à l'édifice principal ©

dans la cour du fort, bâtiment faisant face à l'édifice principal ©

approche de l'île Sainte-Marguerite, un matin d'hiver ©

on distingue la masse du fort ©
à suivre
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- diffusion FR3 : 18 avril 2005 - lien INA : article 46320 sur 105645
"Les emmurés de Sainte-Marguerite"
Marc Civallero

Élysée Vallès, conservateur O.N.F., appuyé sur la clôture ; Jean-Franois Vuidepot,
preneur de son ; Marc Civallero, journaliste, Guy Battini, journaliste reporteur d'images ©

l'équipe de tournage (FR3 Méditerranée/Marseille), le 22 décembre 2004
mercredi 30 août 2006
Les prisonniers arabes de l'île Sainte-Marguerite (Michel Renard)

la carte postale du photographe Jean Gilletta (1856-1933)
Les prisonniers arabes de l'île
Sainte-Marguerite
note sur une carte postale datant d'après 1881
Michel RENARD
L'île Sainte-Marguerite est située juste en face la ville de Cannes, dans les Alpes-Maritimes. Avec l'île Saint-Honorat, elles forment toutes deux les «îles de Lérins». Depuis au moins 1841, et peut-être même 1837, Sainte-Marguerite a servi de centre de détention pour des prisonniers algériens que l'autorité coloniale faisait déporter pour des motifs principalement politiques.
Les sources archivistiques sont assez importantes, même si elles n'ont été que faiblement exploitées jusqu'à aujourd'hui. Par contre, les sources iconographiques sont plutôt rares. Une carte postale signée «édition Giletta, phot. Nice» fournit la légende suivante : «131. Iles de Lérins. Prisonniers Kroumirs, campagne de Tunisie, 1881». L'auteur de ce cliché est le photographe Jean Gilletta (1856-1933), qui connaissait bien la région, mais la mention qu'il fait figurer sur la photographie reste à vérifier.
Une autre source iconographique témoigne de la présence de détenus au début des années 1880 sans qu'ils aient été précisément identifiés. La trace de ces internés arabes peut être retrouvée aux archives départementales des Alpes-Maritimes (voir ici). Ce sont principalement des détenus algériens, auxquels se seraient peut-être ajoutés quelques tunisiens (?). Certains, parmi ces algériens, sont restés au moins jusqu'après l'été 1884.
En 1882, en effet, le ministre de la Guerre avait fait diriger 287 «indigènes algériens» vers le dépôt de Sainte-Marguerite. Parmi les détenus de cette dernière période, il y avait les condamnés pour l'insurrection de l'oasis d'El-Amri en 1876. Des prisonniers, originaires de Biskra, avaient déposé un recours en grâce qui fut refusé en 1883. D'autres encore étaient des «marabouts» kabyles : Cheikh Ali ben Cheikh (de Sidi Ali Ou Moussa) et Cheikh Kaci (mokkadem de Cheikh el-Haddad). Ces deux religieux reçurent la visite, partiellement autorisée, de parents à l'été 1884.
Michel Renard

cette édition de la carte de Gilletta propose une légende différente (et un cadrage plus
restreint), qui ignore totalement les personnages du premier plan pour n'évoquer
que le bâtiment au fond (...!)
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le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite,
décembre 2004 © Michel Renard










