lundi 6 mai 2019

le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite (Cannes) : sommaire

 

alignement tombes entrée princ
alignement des tombes à partir de l'entrée principale
décembre 2004 © Michel Renard

 

 

le cimetière musulman

de l'île Sainte-Marguerite (Cannes)

 

aquarelle île Sainte-Marguerite jpg
aquarelle, Michel Breton

 

Sommaire des articles consacrés au cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite

et à ses sépultures (XIXe siècle)

 

  • Nouvelle enquête de terrain sur l'île Sainte-Marguerite, avril 2005 (Michel Renard)


 

Chemin et végétation 1
chemin et végétation de l'île Sainte-Marguerite
décembre 2004 © Michel Renard

 

 

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samedi 4 mai 2019

l'île Sainte-Marguerite, un épisode oublié de l'histoire coloniale

Buttura, Prisonniers musulmans à l'île Sainte-Marguerite
Ernest Buttura, Prisonniers musulmans à l'île Sainte-Marguerite, prob. 1880

 

l'île Sainte-Marguerite,

un épisode oublié de l'histoire coloniale

Michel RENARD (2013)

 

L’île Sainte-Marguerite, aujourd’hui ? À quinze minutes de Cannes en bateau. Une végétation aux noms magiques : pins d’Alep, chênes verts, lentisques, eucalyptus, cyprès… L’ancien fort royal, le sémaphore, le Musée de la Mer, réservent quelques heures de visites et de randonnées aux touristes plus ou moins intéressés par les aspects historiques, mais fascinés par cet écrin préservé ; et des stages de formation à des adultes et à des adolescents qui dorment en dortoirs, installés sur le sol de pierre de bâtiments-casernes, vestiges d’une époque révolue…

cellules
façade des cellules du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

Mais qui se souvient que, par-delà le Masque de Fer (1687-1698), les pasteurs protestants après la révocation de l’édit de Nantes (1685) et le général Bazaine quelques mois de 1873-1874, plusieurs centaines de détenus algériens ont erré dans les froides cellules du fort, arpenté les allées de cette île pendant des années sans espoir d’en échapper ?  Sans espoir ? Les archives livrent pourtant le cas d’une évasion. Le prisonnier Mohamed ben Guezouaou, arrivé le 3 octobre 1849, noté comme négociant de son état dans la province d’Alger, appartenant à la tribu des Aghouass.

Les Européens qui auraient pu témoigner des conditions d'internement de ces musulmans, ont fréquenté l'île Sainte-Marguerite quand il n'y en avait pas : Mérimée (octobre 1834) et Victor Hugo (fin de l'été 1839) ont visité l'île avant la présence de prisonniers algériens, Maupassant (1884) peu après. Mais ici le roman n'a donc pu produire d'aveux. Quant au séjour de Bazaine, il coïncide apparemment avec une absence de détenus arabes.

Il ne reste donc que l’ethnographie de terrain et les archives pour en savoir davantage : les archives conservées à Aix-en-Provence (ANOM) ou les fonds déposés aux Archives départementales à Nice. Divers ouvrages ont évoqué ces prisonniers arabes. Le plus récent, Cannes, l’amour azur, de Richard Chambon (2011) fournit quelques chiffres corrects mais incomplets. Le livre de Jean-Jacques Antier, Les grandes heures des îles de Lérins (1975) est honnête mais comporte des lacunes sur l’importance quantitative des détenus. Par contre, le roman Aïcha de Benoît Ronsard (1995) avance un chiffre de «dix mille hommes, femmes et enfants arrêtés, presque par hasard, par le duc d'Aumale (…) déportés, oubliés, enterrés là…». Ce n’est pas exact.

 

Des archives prolifiques et les raisons de cette déportation

La population carcérale algérienne présente sur Saint-Marguerite fut la plus nombreuse sur une durée de plus quarante ans, avec des éclipses cependant. Et il y a une certaine injustice à ne pas le savoir suffisamment ni à en faire référence en ces temps inflationnistes de mémoires.

Les archives ont été d’abord été exploitées par le savant et regretté Xavier Yacono dans son article «Les premiers prisonniers de l'île Sainte-Marguerite», Revue d'histoire maghrébine, 1974, p. 39-61. Les fonds qu’il a en partie consultés sont profus en informations.

Quand, après ce pionnier, je m’y suis plongé à mon tour, j’ai découvert des dizaines de cartons d’archives contenant des centaines de pièces diverses. On peut consulter des registres nominatifs de départs vers Sainte-Marguerite ou des états nominatifs des prisonniers arabes présents sur l’île, des états d‘effectifs faisant le point sur les arrivées, les décès, les élargissements. On lit avec une certaine émotion des indications telle que : «enfant à la mamelle»…

On peut compulser différents rapports entre ministères, par exemple celui de la Guerre, des Colonies et du Gouvernement général d’Alger. On peut suivre les diagnostics et observations des médecins ayant séjourné sur l’île comme le docteur Warnier à l’été 1843, ou le docteur Bukojemski en 1845, qui y resta quatre mois et demi. Ce que notait le docteur Bukojemski, ce qui l’intéresse, c’est que ces Arabes :

«sont nés dans une autre partie du monde, leur religion, leurs mœurs, leurs habitudes, toute leur éducation physique et morale jusqu'à leur langue et leurs habits qui diffèrent essentiellement de ceux des Européens, et l'influence morale, de l'exil sur ces hommes».

Cette cassure géographique et cette désagrégation des prisonniers ont été délibérées : elles entrent dans les buts de guerre des conquérants. L’aspect principal est d’ordre psychologique : la rupture brutale avec l’Algérie, avec la famille et les traditions, l’isolement relationnel. Le docteur Warnier, en 1843, énonce, lucidement :

«Les événements militaires accomplis depuis trois ans en Algérie, ont prouvé qu'il ne suffisait pas de vaincre les Indigènes, de brûler leurs moissons, d'anéantir leurs troupeaux par d'immenses razzias, pour soumettre des populations aussi nomades et leur faire accepter notre domination. (…) convaincu de cette vérité, [Bugeaud] comprit qu'un élément de conquête devait être ajouté à tous ceux qu'il a si habilement employés, et propose au gouvernement la déportation en masse comme moyen final, pour les tribus qui dans les provinces forment des centres politiques, qui soumises aujourd'hui, sont demain révoltées, et avec lesquelles il n'y aura de repos qu'après les avoir expulsées du pays soumis ou à soumettre».

île Sainte-Marguerite, Giletta (1)
prisonniers arabes sur l'île Sainte-Marguerite, 1881-1882

 

Combien de détenus sur cette île de Lérins ?

Il est difficile de parvenir à un total exact. Mais les archives livrent des données statistiques sur l’ampleur des déportations. Un rapport du Génie de Toulon révèle qu’une première installation avait eu lieu dès 1837 dans le fort qu’on avait entouré d’un palissadement.

En 1843, le docteur Warnier note que : «Le fort de l'Île Sainte-Marguerite est depuis trois ans le lieu unique de dépôt de tous les prisonniers arabes déportés en France».

D’après les relevés de l’historien Yacono, en août 1841, on compte trois prisonniers, puis neuf autres ; en 1842-1843, il y en 80. Mais 43 sont libérés avant juin 1843.

D’après les archives que j’ai examinées, la smala d’Abd el-Kader, arrivée le 26 juin 1843, se chiffre à 290 personnes. L’Émir n’y figure pas. En septembre 1843, il y aurait un total de 530 détenus. On conçoit qu’à partir de ce moment, il est impossible de confiner tout le monde dans le fort. En août 1845, on redescend à 288. En septembre 1846, 747. En avril 1847, je crois que le maximum est atteint avec 843 incarcérés… ! Ceux-ci ont accès à certains secteurs de l’île.

contrôle nominatif, 1er oct 1847
contrôle nominatif des prisonniers arabes,
dépôt de l'île Sainte-Marguerite, 1er octobre 1847

Entre 1859 et 1868, on note une absence d’Algériens sur l’île qui fait face à Cannes. Le dépôt a été transféré à Corte en Corse. Mais en 1868, le ministère de l’Intérieur veut récupérer Corte pour y installer les convalescents des établissements agricoles de la Corse. Les Arabes retournent donc sur la plus grande île de Lérins.

L’histoire coloniale, entre-temps, se mêle alors au sort des entreprises militaires de Napoléon III. De nombreux convalescents de la guerre de Crimée sont installés dans un hôpital temporaire sur l’île en 1856. Trente y meurent et sont inhumés au cimetière d’Orient. Puis six cents prisonniers autrichiens sont internés au fort au cours des guerres d’Italie.

Les déportations d’Algériens recommencent en 1868 avec les condamnés de la révolte orientale de la Kabylie en 1864. Et parmi les mille condamnés de 1871, 250 sont affectés à Sainte-Marguerite en octobre 1871. Les archives indiquent la présence de détenus jusqu’au début des années 1880. Peut-être des prisonniers Khroumirs après la campagne de Tunisie en 1881.

Arabes prisonniers, 1840-1850
Arabes prisonniers à l'île Sainte-Marguerite, 1840-1850, AD 06

 

Détails sur les conditions de vie des prisonniers arabes sur l’île

Reclus dans un premier temps dans les cellules froides de la forteresse, les réprouvés, ayant dû traverser la Méditerranée pour subir leur peine, purent se déplacer dans les allées de l’île et même se baigner ; ce qui choqua une partie des Cannois qui voyaient, dit-on, leurs corps nus… Des lettres de protestation pour outrage à la pudeur ont été retrouvées, datant de 1882 (AM Cannes, 4J4).

La nourriture était frugale. On leur dispensait du couscoussou – comme on disait.

Les maladies ne les ont pas épargnés : fièvres, céphalines, affection pulmonaire, affection des viscères, nostalgie et hypocondrie, exostoses du système osseux. Mais encore des cas de gale, d’hémoptysie, de dysenterie, etc. L’hospice-hôpital de Cannes leur dispensait parfois des soins (AM Cannes, 3Q15).

Enfin, les décès étaient traités en observance des rites musulmans. L’intendant militaire Baron rapporte le 8 août 1845 que :

«Les inhumations se font par les arabes et suivant leurs cérémonies : les 10 francs alloués sont employés à acheter le calicot qui sert d'enveloppe au corps. Ils recouvrent la fosse de morceaux de bois et de terre glaise, et y jettent quelquefois de l'essence de rose».

Une question reste encore posée : une stèle du cimetière musulman de l’île porte cette dédicace : «à nos frères musulmans morts pour la France». Elle n’est pas datée, et sans aucune indication de propriété. Bien évidemment les prisonniers musulmans inhumés sur l’île ne sont pas morts pour la France, mais sont bien des contestataires de la conquête et de l’ancien ordre colonial.

Cela semblerait résulter d’une confusion avec des engagements militaires pour la France de population d’origine arabe, postérieurement à la période qui nous occupe, au XXe  siècle.

inscription stèle, 28 avril 2005
«à nos frères musulmans morts pour la France» ©

 

Michel Renard
publié dans Un siècle de vie cannoise, 1850-1950,
archives municipales de Cannes, éditeur : Ville de Cannes,
2014, p. 118-121.

 

entrée cimetière musulman, 28 avril 2005
entrée du cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite, 28 avril 2005 ©

 

 

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lundi 18 mai 2009

photo des prisonniers algériens sur l'île Sainte-Marguerite

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une photo des prisonniers algériens,

vers 1870-1880

Michel RENARD

 

Diapositive2
cliquer sur l'image pour l'agrandir


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Ste_Marguerite_photo_AD_groupe_1

commentaire

Cette photo provient des archives départementales des Alpes-Maritimes (A.D. 06) à Nice. Je l'ai consultée en salle d'archives en avril 2005. Il y a quelque temps, elle était même disponible sur internet. La fourchette chronologique (1870-1880) est fournie par les A.D. et le cliché attribué à Jean Gilletta (1).

Si ce dernier est bien l'auteur, la date ne peut être antérieure à 1880 puisque Gilletta (1856-1933) n'a commencé à travailler qu'à partir de cette année là.

Jusque là, l'image la plus connue des prisonniers algériens sur l'île Sainte-Marguerite était un autre cliché de Gilletta ayant servi à l'édition de cartes postales. Cette image date du début des années 1880 mais une édition propose une légende discutable (voir ici). Il est vraisemblable (mais pas obligatoire, puisque Gilletta habitait Nice tout proche de Cannes) que les deux clichés ont été effectués lors d'une même visite à Sainte-Marguerite.

L'image conservée aux A.D. révèle un autre aspect de la vie des détenus. Il semble que le contact avec les gardiens soit relativement aisé. La photo montre le mélange des prisonniers algériens, des militaires qui les gardent et du personnel civil du fort (un jardinier ?).

Michel Renard

(1) L'orthographe de Gilletta comporte bien deux "l" et deux "t",  mais son nom commercial ne note qu'un "l".


Ste_Marguerite_photo_AD_groupe_2


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mercredi 25 juillet 2007

Prisonniers arabes amenés sur l'île en 1882

Prisonniers_arabes_1882__2_

 

 

Prisonniers arabes

amenés sur l'île Sainte-Marguerite

en 1882


 

Daveau, gravure Illustration, prisonniers arabes amenés sur l'île Sainte-Marguerite
gravure tirée de l'Illustration et légendée : "Prisonniers arabes amenés à l'ïle
Sainte-Marguerite - d'après le croquis de M. Daveau, notre correspondant à Cannes"
 

 

Il y a quelques mois, j'ai trouvé à la vente une image intitulée : "Prisonniers arabes amenés à l'île Sainte-Marguerite. - D'après le croquis de M. Daveau, notre correspondant à Cannes". Il s'agit d'une image découpée dans l'Illustration ou dans Le Monde Illustré et destinée à un usage mercantile. Elle ne comporte pas de date.

On ne peut donc savoir si un article accompagnait cette image. Mais quelques éléments figurant au dos de celle-ci permettent de la situer :
- l'allusion à la représentation à la Comédie française de Barbérine, pièce de théâtre de Musset ;
- et l'annonce de la parution d'un opuscule de Georges Vicaire, Le récit du grand-père (souvenirs d'Alsace).
Ces événements datent de 1882.

La scène représente une douzaine d'hommes, vêtus de burnous blancs, sortant de deux barques et se dirigeant vers l'escalier qui mène au fort. Trois soldats les "accueillent" et deux autres hommes (civils ou soldats ?) s'affairent sur les barques.

Comme la légende indique "d'après le croquis de...", il est possible que cette scène ne soit pas le reflet fidèle de l'événement. Mais elle évoque le séjour dans la prison de Sainte-Marguerite des Algériens condamnés par le pouvoir colonial à la déportation en métropole dans les années 1880.

À cette époque, le ministère de la Guerre avait fait conduire des détenus algériens à Sainte-Marguerite et le photographe niçois Jean Gilletta avait réalisé un cliché édité sous forme de carte postale. (voir article).

Michel Renard
juillet 2007


On en trouve une reproduction dans une collection de gravures extraits de périodiques et de journaux illustrés du XIXe siècle recueillies par Charles Baude, sur Gallica BnF.


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mercredi 23 mai 2007

Cimetière mamelouk à Sainte-Marguerite ?

Plaque_cim
entrée du "cimetière des Criméens", situé à côté (mais totalement distinct)
du cimetière musulman sur l'île Saint-Marguerite (Cannes) ;
il ne concerne en rien les Mamelouks des années 1815 (?) à 1820. © Michel Renard



 

Cimetière mamelouk à Sainte-Marguerite ?

 

Question posée par C. Menichelli

Bonjour,

Je présente une communication au XIIIe congrès de coptolgie international de Marseille des 7-8-9 juin 2007. Une partie de cette communication passe par La Légion Copte rentrée à Marseille en 1801 ; après la terreur blanche de juillet 1815, des "mamelouks" ont été incarcérés (100 à 200 avec femmes et enfants) à l'île Sainte-Marguerite.
Certains sont morts et enterrés à l'île Sainte-Marguerite, des sites web indiquent "cimetière de Crimée et des Mamelouks" Qui peut me renseigner sur ces Mamelouks de Sainte-Marguerite ?

 

Cim
"cimetière des Criméens", île Saint-Marguerite (Cannes). © Michel Renard

 

réponse

Peu de choses sont avérées au sujet du séjour des Mamelouks sur la plus grande des îles de Lérins, Sainte-Marguerite. D'après un article de L'Illustration, de 1844 (date précise ?) : "(…) Sous la Restauration, le fort de l'île Sainte-Marguerite eut pour hôtes, de 1817 à 1820, deux cents Égyptiens, hommes, femmes et enfants, remis en liberté au bout de deux ans et demi, et dont quelques-uns habitent Marseille, où ils se sont établis et fixés." À ma connaissance, personne n'a encore cherché aux Archives départementales à Nice (puisque Sainte-Marguerite dépend de Cannes) ou de Marseille, ce qui pourrait nous renseigner plus avant.

En tout cas, le "cimetière de Crimée" ne concerne en rien les Mamelouks. L'enceinte qui porte ce nom a été aménagée tardivement. La stèle en forme de colonne tronquée qui se trouve en son centre a été élevée en 1893 par le Souvenir Français, d'après la date portée à sa base. Et la première photographie qui en a été faite montre qu'aucune sépulture n'est encore visible autour. On peut en tirer la conclusion que des tombes ont été creusées ailleurs dans l'île, au moment du décès de ces soldats musulmans des troupes françaises en Crimée (1854-1856) accueillis comme malades (ou convalescents ?) à Sainte-Marguerite. Puis que des réinhumations ont été opérées après 1893.

Mais, à ce jour, absolument aucune source ne permet d'identifier la trace de sépultures de Mamelouks sur l'île Saint-Marguerite. Le cimetière des Criméens n'a rien à voir avec cela. Les "sites web" qui évoquent ces questions sont souvent sous-informés.
Au final, rien n'interdit, non plus, d'émettre l'hypothèse que quelques Mamelouks ont été enterrés sur l'île, et qu'il a existé un premier cimetière dans lequel les soldats égyptiens de Napoléon furent ensevelis (?), puis (?) les premiers décédés parmi les prisonniers musulmans algériens (années 1840...), et, enfin (?), les "Criméens" avant leur réinstallation autour du monument du Souvenir Français. Qui donc trouvera ce cimetière ?

Michel Renard

 

CP_Monument_Crim_ens_2
la première image connue du monument érigé (1893) dans le "cimetière des Criméens"
sur l'île Saint-Marguerite ; on constate l'absence de sépultures autour

 

 

 

 

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vendredi 12 janvier 2007

visite de terrain sur l'île Sainte-Marguerite, décembre 2004 (Michel Renard)

fort_vu_d_un_ponton_1
le fort de l'île Sainte-Marguerite, vu d'un ponton
décembre 2004 © Michel Renard



visite de terrain, décembre 2004

enquête ethnographique sur une nécropole musulmane oubliée

Michel RENARD

 

__l_ouest_de_Cannes
on s'éloigne de Cannes, vue de l'arrière du bâteau ©

 

- Le 22 décembre 2004, j'accompagne une équipe de FR3 Méditerranée sur l'île Sainte-Marguerite. Marc Civellero, journaliste, a décidé de consacrer un reportage au cimetière musulman après avoir pris connaissance de son existence au cours du stage de formation à l'islam que je dirigeais pour le compte de l'École Supérieure du Journaliste de Lille (ESJ-Médias) quelques mois auparavant.

Il a tout organisé, et en même temps que je participe à son reportage au titre de spécialiste, j'effectue une enquête ethnographique_lys_e_Vall_s sur le cimetière que je ne connaissais que par les archives et par les photos que m'avait confiées, en mai 2002, Jean-Pierre Rouzaud alors ingénieur des travaux au ministère des Anciens Combattants (Bureau des monuments historiques et des lieux de mémoire).

interview_conservateur_ONF_3










 

Sur l'île, nous rencontrons Élysée Vallès [ci-dessus à droite], responsable O.N.F. résidant dans la maison forestière, grand connaisseur du terrain et de son histoire et hôte très chaleureux. L'équipe de FR3 Méditerranée, outre Marc Civallero, comprend Guy Battini (journaliste reporteur d'images) et Jean-François Vuidepot (preneur de son). Sous le titre "Les emmurés de Sainte-Marguerite", leur reportage est diffusé sur FR3 Marseille et sur Mediterraneo le 18 avril 2005.

 

avec__lys_e_Vall_s_d_c_2004__1_
en conversation avec Élysée Vallès (O.N.F.) dans l'espace du cimetière
(image capturée sur écran télé)

 

 

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le cimetière musulman

 

alignement tombes entrée princ
alignement de tombes à partir de l'entrée principale ©

 

Relevé ethnographique des vestiges du cimetière musulman

de l'île Sainte-Marguerite (22 décembre 2004)

Le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite (au large de Cannes, Alpes-Maritimes) est une parcelle d'environ 15 m x 70 m (à peu près 1 000 m2), située en longueur entre le chemin au sud et une bande de forêt puis la mer au nord. À l'est en largeur se trouve un petit chemin, perpandiculaire à la parcelle, puis le cimetière des Criméens. À l'ouest, se trouve l'entrée obstruée par un arbre centenaire.

 

Diapositive1 - copie
le dessin des sépultures n'est qu'indicatif © Michel Renard


- la limite du cimetière est matérialisée par une ligne de pierres ancienne sur laquelle a été élevée dans les années 1970 une clôture en tubes métalliques de couleur bleu dont la peinture est aujourd'hui dégradée.

- quatre entrées ont été aménagées, désignées chacune par deux pierres dressées de part et d'autre : la principale à l'angle sud-est, une autre le long du chemin à mi-distance de la longueur, une troisième à l'angle sud-ouest, où se trouve maintenant le totem de renseignement du "parcours historique" ; la quatrième présente une singularité permettant de fixer l'abandon de la parcelle à une date antérieure à 1900 puisqu'un arbre a poussé en son milieu obstruant le passage et que son âge est estimé par Élysée Vallès, conservateur de l'Office National des Forêts, à une centaine d'années.

- env. 200 sépultures visibles (un peu plus : 203, 204…?).

- l'emplacement des tombes est repérable par un aligement plus ou moins ovale de pierre de teinte claire à moitié enterrées ; il n'y a pas de pierre tombale, pas de "dalle".

- certaines sépultures sont de taille plus petites ; on peut émettre l'hypothèse qu'il s'agit de tombes d'enfants.

- certaines tombes sont entièrement couvertes de pierres comme des tumuli.

- la régularité et l'ordonnancement des tombes sont observables à partir de l'entrée principale (angle sud-est) ; plus on avance vers l'ouest, moins cet ordonnancement est respecté, comme s'il avait fallu envisager la saturation de l'espace préalablement désigné pour accueillir le cimetière.

- les tombes sont disposées, dans leur longueur, dans le sens nord-sud, les pieds vers la mer au nord, la tête doit donc être placée au sud et tournée vers l'est.

- stèle sur bloc de Cassis (pas du marbre) portant la mention «à nos frères musulmans morts pour la France» ; peut-être une pierre de réemploi, comportant initialement une autre inscription qui a été effacée (martelée) ; la stèle a probablement été gravée sur place.

Mise à part cette stèle qui fait violence à la vérité historique, aucun autre signe n'accompagne ces inhumations anonymes. Sur les vestiges émouvants du cimetière musulman de Sainte-Marguerite ne veille plus qu'une végétation de maquis formée de filaires, de lentisques, de myrte, de chênes verts et de pins d'Alep.

Michel Renard

 

alignement tombes entrée princ
alignement de tombes à partir de l'entrée principale ©

 

Angle nord-ouest et clôture - copie
angle nord-ouest du cimetière musulman et clôture ©

 

entrée principale et panneau - copie
entrée principale du cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite ©

 

entrée ouest - copie
entrée ouest, obtsruée par un arbre centenaire ©

 

IMG_8805 - copie
sépultures dans la partie centrale du cimetière ©


IMG_8805 - copie
sépultures dans la partie centrale du cimetière ©

 

IMG_8806 - copie
des tombes de dimension variable ©


IMG_8807 - copie
le dénuement de ces inhumations en accentue le mystère mais aussi la dignité ©


la mer au fond - copie
vue du chemin, la stèle ; à droite le cimetière des Criméens ; au fond, la mer ©


localisation des deux cimetières
localisation du cimetière musulman et du cimetière des Criméens de l'île Sainte-Marguerite sur Google Earth
(vue octobre 2006) ; il faut lire "borne nord-ouest" au lieu de "Sans titre - Repère"

 

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le cimetière des Criméens

Les "Criméens" sont des combattants français de la guerre de Crimée (1854-1856), décédés sur l'île dont le fort avait été transformé en lazaret pour les blessés

 

 

Cim
porte d'entrée du cimetière des Criméens, situé à côte du cimetière musulman
(mais nettement distinct) sur l'île Sainte-Marguerite ©

 

Plaque cim
cimetière des combattants de la guerre de Crimée, 1854-1856

 

Cimetière Criméens porte
derrière le cimetière des Criméens, la ville de Cannes ©

 

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visite de l'île

 

Île Ste-Marg approche 1
approche de l'île Sainte-Marguerite, un matin d'hiver ©

 

Île Ste-Marg approche 2
on distingue la masse du fort ©

 

bâtiment caserne
caserne du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

 

bâtiment du fort 1
caserne du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

 

bâtiment principal - copie
fort de l'île Sainte-Marguerite, avec la tour du sémaphore (installé en 1862) ©

 

Cannes vue de l'île 1
Cannes, vue de l'île Sainte-Marguerite ©

 

Cannes vue de l'île 2
Cannes, vue de l'île Sainte-Marguerite ©

 

caserne Magenta
caserne du fort de l'île Sainte-Marguerite ©

 

cellules masque de fer
façade nord du fort de l'île Sainte-Marguerite et fenêtres des cellues ©

 

Chemin et végétation 1
chemin et végétation de l'île Sainte-Marguerite ©

 

Chemin et végétation 2
chemin et végétation de l'île Sainte-Marguerite ©

 

chemin ronde et est de Cannes
chemin de ronde du fort et vue sur la partie est de Cannes ©

 

citerne et sémaphore
dans la cour du fort, la citerne et le sémaphore ©

 

citerne
dans la cour du fort, la citerne ©

 

face au bât
dans la cour du fort, bâtiment faisant face à l'édifice principal ©

 

face au bât
dans la cour du fort, bâtiment faisant face à l'édifice principal ©

 

fortification
fortification ©

 

 
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- diffusion FR3 : 18 avril 2005

"Les emmurés de Sainte-Marguerite"

Marc Civallero

 

 

interview conservateur ONF 1
Élysée Vallès, conservateur O.N.F., appuyé sur la clôture ;
Jean-Franois Vuidepot,
preneur de son ; Marc Civallero, journaliste,
Guy Battini, journaliste reporteur d'images ©

 

interview_conservateur_ONF_2

 

interview conservateur ONF 3
l'équipe de tournage (FR3 Méditerranée/Marseille), le 22 décembre 2004

 

 

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mercredi 30 août 2006

Les prisonniers arabes de l'île Sainte-Marguerite (Michel Renard)

prisonniers_Kroumirs__1_
la carte postale du photographe Jean Gilletta (1856-1933)



Les prisonniers arabes de l'île

Sainte-Marguerite

note sur une carte postale datant d'après 1881

Michel RENARD

L'île Sainte-Marguerite est située juste en face la ville de Cannes, dans les Alpes-Maritimes. Avec l'île Saint-Honorat, elles forment toutes deux les «îles de Lérins». Depuis au moins 1841, et peut-être même 1837, Sainte-Marguerite a servi de centre de détention pour des prisonniers algériens que l'autorité coloniale faisait déporter pour des motifs principalement politiques.

Les sources archivistiques sont assez importantes, même si elles n'ont été que faiblement exploitées jusqu'à aujourd'hui. Par contre, les sources iconographiques sont plutôt rares. Une carte postale signée «édition Giletta, phot. Nice» fournit la légende suivante : «131. Iles de Lérins. Prisonniers Kroumirs, campagne de Tunisie, 1881». L'auteur de ce cliché est le photographe Jean Gilletta (1856-1933), qui connaissait bien la région, mais la mention qu'il fait figurer sur la photographie reste à vérifier.

Une autre source iconographique témoigne de la présence de détenus au début des années 1880 sans qu'ils aient été précisément identifiés. La trace de ces internés arabes peut être retrouvée aux archives départementales des Alpes-Maritimes (voir ici). Ce sont principalement des détenus algériens, auxquels se seraient peut-être ajoutés quelques tunisiens (?). Certains, parmi ces algériens, sont restés au moins jusqu'après l'été 1884.

En 1882, en effet, le ministre de la Guerre avait fait diriger 287 «indigènes algériens» vers le dépôt de Sainte-Marguerite. Parmi les détenus de cette dernière période, il y avait les condamnés pour l'insurrection de l'oasis d'El-Amri en 1876. Des prisonniers, originaires de Biskra, avaient déposé un recours en grâce qui fut refusé en 1883. D'autres encore étaient des «marabouts» kabyles : Cheikh Ali ben Cheikh (de Sidi Ali Ou Moussa) et Cheikh Kaci (mokkadem de Cheikh el-Haddad). Ces deux religieux reçurent la visite, partiellement autorisée, de parents à l'été 1884.

Michel Renard


 

prisonniers_arabes_sur_Ste_Marguerite__Giletta_
cette édition de la carte de Gilletta propose une légende différente (et un cadrage plus
restreint), qui ignore totalement les personnages du premier plan pour n'évoquer
que le bâtiment au fond (...!)

photo_Gilletta_d_tail

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entr_e_principale_et_panneau
le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite,
décembre 2004 © Michel Renard

 

 

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