jeudi 9 juillet 2015

images filmées de l'inauguration de la Mosquée de Paris, 1926

Pathé inaug (1)

 

 

l'inauguration de la Mosquée de Paris

vue par la société British Pathé, 15 juillet 1926

 

 

Pathé inaug (2)

 

 

Sultan Of Morocco & Cuts (1926)

 

Quelques images de l'inauguration de la Mosquée de Paris, le 15 juillet 1926, en présence du sultan du Maroc, Moulay Youssef, et du président de la République française, Gaston Doumergue.

 

Pathé inaug (3)
autour du grand patio

 

Pathé inaug (4)
autour du grand patio

 

Pathé inaug (5)
autour du grand patio

 

Pathé inaug (6)
autour du grand patio

 

Pathé inaug (7)
autour du grand patio

 

Pathé inaug (8)

 

Pathé inaug (9)
autour du grand patio

 

Pathé inaug (10)

 

Pathé inaug (11)

 

Pathé inaug (12)

 

Pathé inaug (13)

 

Pathé inaug (14)

 

Pathé inaug (15)

 

Pathé inaug (16)

 

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Pathé inaug (18)

 

Pathé inaug (19)

 

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de gauche à droite, le sultan Moulay Youssef, Gaston Doumergue, un général, Si Kaddour ben Ghabrit

 

Pathé inaug (21)

 

Pathé inaug (22)

 

 

 

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mardi 10 avril 2012

délire anti-"illuminati"...

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manipulation et délire :

sur un prétendu symbole "illuminati"

à la Mosquée de Paris

Michel RENARD


Il circule depuis quelques semaines une vidéo affirmant que le minaret de la Mosquée de Paris comporte un symbole "illuminati". Après avoir visionné cette vidéo, je suis choqué et en colère contre l'indigence intellectuelle de l'auteur et la manipulation à laquelle il a procédé...!

1) l'essentiel de cette vidéo est constitué de ma propre parole...! recueillie par interview dans le documentaire "Musulmans de France, de 1904 à nos jours" (France Télévisions, 2009) ; entretien accordé à Mohamed Joseph qui était venu  chez moi l'année précédente.

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J'y explique seulement le paradoxe POLITIQUE d'un projet de mosquée à Paris soutenu par le Parti radical, dont une bonne partie est effectivement affiliée à la franc-maçonnerie. Mais le président du conseil, Édouard Herriot, qui inaugure la Mosquée le 16 juillet 1926 n'a jamais été franc-maçon, lui...!

Je n'ai jamais parlé d'influence occulte dans le décor architectural de la Mosquée de Paris...! Pourquoi utiliser, à mon insu, mon propos pour me faire dire l'opposé de ma pensée ?!

2) le triangle n'est pas une forme géométrique ignorée du décor islamique, même s'il est rarement représenté seul. Sa symbolique hérite du nombre 3 et est à la base de la mesure de l'espace par le procédé de triangulation bien connu des mathématiciens et astronomes arabes au Moyen Âge.
Le triangle est l'une des trente-sept pièces à géométrie simple utilisé par les zelligeurs dans les décors de mosaïque.

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le triangle, une des figures géométriques des zelliges

 

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le triangle, une des figures géométriques des zelliges


Au Maroc, les pierres tombales des souverains saadiens, à Marrakech, sont constitués d'une dalle surmontée d'un élément à base triangulaire.

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Et dans le décor des muqarnas, la forme du triangle termine souvent une pièce modulaire.

On trouve aussi des triangles, à la Mosquée de Paris, sur le décor du minbar offert par la Tunisie à l'époque...

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minbar offert par la Tunisie


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en voilà des triangles...


Il faut arrêter la paranoïa qui voit des symboles "illuminati" partout...!

Michel Renard

 

- le tableau des figures géométriques est issu du livre Arabesques. Art décoratif du Maroc, Jean-Marc Castera, ECR Éditions, 1996, p. 114-115.

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critique et réponse

Il ma été répondu, le 14 avril : "Ce triangle a le sommet séparé du reste donc rien à voir avec votre description."

Voici ma réplique (15 avril) :

La comparaison de ce motif décoratif inséré dans le creux du mur du minaret de la Mosquée de Paris et l'image figurant sur le billet d'un dollar américain est infondée. Pourquoi ?

L'image reproduite sur le dollar n'est pas une pyramide dont le sommet serait séparé par le halo des rayons d'une lumière rayonnante. En réalité, il y a deux éléments distinctifs : une pyramide tronquée dont la tridimensionnalité est signifiée par la vision de deux faces de l'édifice, et un triangle qui ne peut être le sommet de cette pyramide parce qu'il n'est pas tridimensionnel. C'est une figure triangulaire plate enfermant l'œil de la connaissance.

Sur le minaret de la Mosquée de Paris, on distingue deux éléments. À la base, ce n'est pas une pyramide, parce que se combinent deux types de lignes : des lignes obliques et des lignes verticales. Or, une pyramide ne comporte pas de lignes verticales.

Par ailleurs, le triangle supérieur ne peut, lui non plus évoquer le sommet d'une pyramide parce qu'il ne comporte aucune tridimensionnalité. On dirait plutôt une toile de tente canadienne…

Reste la question de savoir ce que signifie cette insertion en creux dans la pierre… Cela ne semble pas redevable d'une nécessité fonctionnelle. Seulement d'une intention décorative. Mais laquelle ?

Je continue à chercher. En tout cas, l'interprétation "symbole illuminati" est réduite à néant. La comparaison avec l'image du dollar ne tient pas debout. Il s'agit d'une sur-interprétation, d'un abus analogique.

Michel Renard
après discussion avec Jean-Marc Castera
auteur de Arabesques. Art décoratif du Maroc, ECR Éditions, 1996.

 

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jeudi 7 mai 2009

Mosquée de Paris dans "l'Illustration" en 1925

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construction de la Mosquée de Paris

récit et images parus dans l'Illustration en 1925


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vue de la rue Geoffroy Saint-Hilaire : à droite le minaret ;
au fond, la coupole de la salle de prière : le long de la rue, le logement du mufti ;
aquarelle de Camille Boiry, 11 juillet 1924



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ouvriers mosaïstes


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le patio central
aquarelle de Camille Boiry, 15 juillet 1925

aquarelles de A. Boiry
- en réalité il s'agit de Camille Boiry

La mosquée à Paris

Dans le même temps que l'Exposition des Arts décoratifs s'épanouit sur les bords de la Seine, en une floraison nombreuses mais destinée à disparaître, là-bas, aux régions lointaines du Jardin des Plantes, la mosquée à Paris se parfait. Cet édifice demeurera en témoin d'une alliance morale, en modèle aussi, unique à Paris, d'un art délicieux.

L'Institut musulman, qui va être inauguré sur le terrain de l'ancien hôpital de la Pitié, s'inspire des plus beaux monuments religieux de l'Afrique du Nord. Le curieux d'architecture, recru des visions modernes de l'Exposition, de l'unité d'un style où la suprême étude est celle de la projection des volumes dans l'espace, se demandera peut-être, prenant plaisir aux arcatures moghrébines, pourquoi l'usage de ces formes ne se vulgarise pas.
Dans le sens décoratif, l'art arabe est en réaction sur les directives actuelles. Il s'agit en effet aujourd'hui de permettre au moyen d'un machinisme bien compris, que le meuble et le décor d'architecture, harmonieux de ligne, intelligent des nécessités de la vie et du confort, soient mis à la portée de tous.

L'art d'Islam, au contraire, qui n'a pas varié depuis la splendeur des époques espagnoles, n'a pas cessé non plus de demander la main d'oeuvre dans laquelle, à la fin du dix-neuvième siècle, la doctrine ruskinienne voyait un renouveau de l'art. Ce style, qui tout d'abord ravit par la simplicité des lignes, exige en fait la richesse la plus profuse dans le travail de la matière circonscrite aux masses générales. L'extrême recherche du détail, sans qu'il y paraisse, détermine l'impression d'ensemble. À Fez, Marrakech, à Kairouan comme à Grenade et à Cordoue, le stuc ne va pas sans dentelle, le cèdre sans délicate fouillure et les parois sans mosaïques. Aujourd'hui, comme aux flamboyants treizième et quatorzième siècles, des hommes finissent ces ornements dont la machine trahirait l'élégance.

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Ces ouvriers musulmans, ces Marocains, par exemple, que nous voyons aujourd'hui parachever la mosquée, mosaïstes, sculpteurs sur bois et sur plâtre, enlumineurs de plafonds, ont accoutumé de travailler avec patience. Ce travail lent et sans nerfs, ils le coupent de longues paresses inhérentes à leur tempérament, de même que le décor qu'ils exécutent est nécessaire à la nudité de ces salles destinées aux heures longues, écoulées dans l'immobilité. Si l'art est un miroir des moeurs, le travail d'art l'est plus encore.

Il ne faut point songer à demander une telle besogne à des artisans européens. La question du salaire est décisive, dont le détail suivant donnera une idée : les murs comportent 1 200 mètres carrés de mosaïque, ou zélige ; dans un mètre carré entrent 13 000 morceaux taillés à la hachette, ajustés un à un dans des carreaux collés à des panneaux de plâtre. Le reste est à l'avenant.

L'Institut musulman ne nous présente donc qu'un document gratuit sur ce charmant art arabe : art de luxe. Un document très vivant, puisqu'il va bientôt protéger la méditation, recueillir des prières, répondant de la sorte à un besoin réel.

Un style ornemental uniforme empreint les patios, les corps de logis divers, et la salle de prières, créant l'atmosphère favorable à l'application de la dévotion coranique dans son essence. Cette religion du confort, cette culture du calme, ce paisible silence, c'est toute une méthode de vivre, c'est l'Islam. Dans les climats où il est maître, les rares personnages qui ont le moyen de s'offrir des demeures décorées dans ce goût fastueux en y vivant seulement, parmi les eaux vives et les fleurs, de presque éternels loisirs, réalisent déjà les promesses du Livre. L'ordonnance de leur temps est une philosophie, et leurs songes une prière.

On pénètre dans l'Institut par la rue Geoffroy Saint-Hilaire et par la place du Puits-de-l'Ermite. Ces deux entrées forment les abouts d'un premier jardin intérieur, non accessible aux voitures, dont les allées carrelées de mosaïque conduisent aux différents corps de bâtiment. Des bassins, vasques et jets d'eau en complètent l'ensemble. Du côté de la place du Puits-de-l'Ermite, les deux pavillons des maisons des hôtes comprennent chacun six à huit chambres pouvant être données à des visiteurs de marque. L'hôtellerie servira aux croyants la cuisine faite selon les règles et selon leur goût. Une salle d'honneur du plus pur style quant à la composition et à l'ameublement conduit d'un côté au logement du mufti (directeur), de l'autre à celui de l'imam (prêtre). Ces divers corps de logis sont séparés par des jardins (3 500 mètres carrés plantés, sur 7 500 mètres carrés de terrain environ).

Les musulmans auront à loisir d'errer dans ces jardins qu'ils aiment, ces jardins arabes aux plates-bandes en contre-bas où, entre les fuseaux sombres des petits cyprès, on fera venir les plantes odoriférantes, le jasmin et le cognassier, s'ils le veulent bien, la menthe. Déjà les magnolias sont en fleurs, tandis que les miroirs d'eau reflètent les nuages.

Ils trouveront les salles de chaleur humide qu'ils estiment nécessaire à leur hygiène, avec les services de masseurs venus du Maroc et de Tunis au hammam, qui s'élève en arrière de la mosquée sur la rue Daubenton. Le groupe de coupoles blanches qui le couronne forme une saisissante apparition d'Afrique, Koubba entr'aperçue dans le silence et la gloire du jour, au fond d'une ruelle bleue : mirage de soleil où manque le soleil. On boira le moka et le thé à la menthe, au café maure. Sur la rue Geoffroy Saint-Hilaire, à l'extérieur, face aux fenêtres du Museum, les quelques boutiques d'un petit souk présenteront à la vente des objets usuels.

La satisfaction de ses habitudes matérielles dans un cadre familier offrira au musulman à Paris une illusion de la patrie. Cet aspect n'est pas le moins intéressant de l'Institut, mais son but principal est de constituer un lieu d'assemblée et de prière : el-jamâa.

Faisant face au jardin d'entrée, une terrasse en surplomb donne accès au vestibule de la partie sainte. La grande porte qui est copiée sur celle de la medersa Bou-Inania, de Fez, est encadrée de caractères coufiques empruntés à Chella (Rabat). Les murs extérieurs, blancs et nus, font ressortir la richesse délicate des tons d'or brun de la corniche en cèdre sculpté.

À droite, une salle d'ablutions se prête aux rites qui précèdent la prière. Et comme l'harmonie commande de satisfaire l'esprit en même temps que le corps, une bibliothèque, à gauche, réunira des ouvrages d'histoire et de théologie, les Commentaires, l'oeuvre de Djebal eddin de Beïdhawi, de Bokhari, du Fazi ; le Livre lui-même et les manuscrits enluminés des savants et des poètes d'Islam, Saadi voisinera avec Averroès.

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Le grand patio central qui précède la salle de prière est clos et découvert. Des dalles en forment le sol ; au centre, d'une vasque de marbre s'élève un jet d'eau. Les murs, dans leur partie basse, sont revêtus de zéliges. Une frise de faïence grattée, brun sur fond brique, fait courir tout autour des versets du Coran, signes épigraphiques sans fin et sans commencement, où l'esprit, distrait aux tracés géométriques des carreaux, se repose et s'égare. Des motifs de stuc fouillé garnissent les murs ; les arcades des galeries couvertes sont surmontées d'une corniche en cèdre sculpté supportant un auvent de tuiles vertes.

À ces lignes, ces couleurs et ces ornements arabesques, il manque ici ce quelque chose qui donne à un style ses chances de rayonnement, sa vérité. C'est l'accord de la lumière. Non que le ciel délicat de Paris soit en désharmonie avec la pureté du plâtre, le vert des tuiles, le fauve du bois odorant, avec le murmure de l'eau qui s'écoule. Fez ou Kairouan ne manquent point de journées grises. Mais pour que le patio pénètre de tout son charme véritable, il faut, entre les faîtes de ses murs, un carré implacable et bleu, il faut que l'embrasement diffus rebrode de stuc, revernisse les faïences et que la chaleur enivrante, qui apaise l'âme et l'endort, la dispose à l'indéfini du rêve.

Voilà pourquoi l'architecture musulmane qui, à l'Institut, nous surprend et nous ravit étrangement, n'a point de chance de se répandre. Le succès d'un style tient à ce que ce style emprunte au paysage. Cet élément, basé peut-être sur des considérations pratiques les dépasse de loin en importance profonde. L'habitude séculaire y est pour beaucoup, sans doute. Nous ne pourrons pas, de longtemps encore, nous empêcher de désirer, sous les moires du ciel, parmi les frondaisons mouillées, la maison de granit bretonne ou le chalet normand ; de préférer, pour le monument qui doit surgir du flottement des nuages et s'envelopper de brumes, le grand degré de l'Orangerie à Versailles, les contours de la place Vendôme à ceux de la porte de l'Exposition sur la place de la Concorde.

L'Institut musulman à Paris veut satisfaire aux âmes qui sont déracinées. En leur rendant le milieu où elles ont pris conscience, il emplit précisément son objet.

* * *

La salle de prière contiendra de 500 à 600 fidèles. Soutenue par cinquante-six colonnes, une grande coupole de cèdre sculpté, au centre, enchevêtre ses poutraisons sur arcs de stalactites de stuc. Le jour, qui sort des fenêtres de la coupole, caresse doucement la teinte naturelle du bois, simplement frotté d'huile. En dessous des claustras voilés de dentelles de stuc, la lumière sort filtrée, qui s'unit à l'odeur du bois précieux. Un mihrab très décoré indique la direction de la Mecque. La chaire à prêcher (le minbar), en cours de fabrication à Tunis, reproduira celle de la mosquée de Kairouan. Le bas des murs zéligés à mi-hauteur, sera revêtu de paillassons à dessins, le sol calfeutré de tapis de laine et, au soir, des lampes d'argent et de métal ouvrées en pays musulman répandront une lueur amortie.

Dans ce sanctuaire, les vingt-cinq à trente mille musulmans épars dans Paris pourront s'assembler le vendredi et tous les jours aux heures de la prière. Le feront-ils ? Il faut le souhaiter ardemment. Les pauvres sidis de Grenelle, que notre civilisation, qu'ils résument dans l'alcool, déprave, traverseront-ils Paris immense pour venir calmer en ces lieux leur vie exaspérée ?

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À l'angle de la rue Quatrefages, le minaret domine de 26 mètres la place du Puits-de-l'Ermite. Il comprend un escalier intérieur à larges emmarchements, non pas aussi larges que ceux de la tour Hassan à Rabat, que le sultan pouvait gravir à cheval. Mais, comme au minaret de la mosquée des Libraires, qui s'élance des terrasses de la capitale du Sud, les trois boules d'or brillent à son sommet. Des frises de faïences, volontairement pâlies, le découpent sur le ciel pâle.

Le moueddin y montera crier le fedjr à l'aube, el-sobh au matin, ed-dohr vers midi, el-acer de 3 à 4 heures, el-moghreb, el-aacha avant et après le coucher du soleil.

Les ondes de sa voix gutturale, sons que l'on n'oublie jamais quand on les a entendus, vibreront au-dessus de l'arrondissement de Paris qui porte le plus ancien sol de notre histoire : vers cette île de la Cité qui limitait la ville gauloise, vers les arènes de Lutèce et les thermes de Julien, vers les vestiges des remparts de Philippe-Auguste et du palais de Saint-Louis. La rue Mouffetard fourmillante, la gaieté, l'énergie de Paris qui travaille s'étonneront de cette clameur. En lançant son appel aux quatre coins de l'horizon, le moueddin verra se presser alentour les toits, les cheminées au-dessus desquels le dôme des Invalides et celui du Panthéon dessinent dans la nue leur majesté inhabituelle à ses yeux. De nul minaret, nulle voix, comme il a coutume de l'entendre, ne renverra l'écho de son effort, et il pourra se demander si son affirmation - le Prophète est l'envoyé de Dieu - et si son ordre : "Venez, venez pour notre bien !" atteindront toutes les oreilles coreligionnaires.

Il n'en sera rien. Les vibrations émises par son miraculeux gosier, résonnant sur les murs austères du Museum, s'égareront parmi les plantes du Jardin et se perdront au fil de la Seine verte et grise. Les tours antiques de Notre-Dame n'en seront point offensées. N'est-elle pas bienfaisante, la pensée qui fait s'envoler sur Paris une prière encore ? [1] N'est-il pas favorable à la ville enfiévrée, malgré sa forme exotique et païenne, cet appel vers quelque chose de plus haut, de plus pur et de plus durable que l'est la vaine agitation des corps ?

Les musulmans auront de la reconnaissance pour le pays et la grande ville qui, en permettant l'édification de l'Institut, leur ont ménagé cet asile spirituel. Nul geste de propagande, mieux que celui-ci, ne peut émouvoir les esprits et les coeurs. Il est permis de prévoir un effet en retour de cette propagande. Ce beau monument, qui suggère une civilisation conquérante d'une grande partie du monde, ne sera pas sans susciter une curiosité ardente à quelque citoyen du quartier et de Paris.

La badauderie va bientôt s'amuser tout d'abord des personnages en caftan et en beurnouss qui sillonneront les rues avoisinantes : "C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ?..." Paris est toujours jeune et ses étonnements faciles et puis... le hammam, le café étant ouvert au public, il y viendra. Dans le petit souk, il prendra goût aux finesses des tapis, du cuir, du métal travaillé. Il connaîtra des formes, des lignes, des couleurs dont l'assemblage, souvent encore, lui est inconnu. Il apprendra dans les jardins la valeur du silence. Avec la surprenante invite qui montera dans le ciel frissonnant, peut-être des imaginations fuiront vers l'immobilité des ciels, vers des soleils plus forts, enchantées par une vision de la plus grande France.

* * *


L'idée qui a présidé à la fondation de l'Institut musulman n'est pas nouvelle. En 1767, Louis XV et le sultan Mohammed ben Abdallah signaient un traité de paix dans lequel il était dit que "les consuls français auraient le droit d'avoir dans leur maison un endroit réservé à leurs prières et à leurs lectures religieuses ; que ceux qui voudraient, parmi les chrétiens, quels qu'ils soient, se rendre à la maison du consul pour les lectures et les prières n'en seraient empêchés par personne et que, de même les sujets de notre Seigneur - que Dieu le protège -, s'ils étaient établis dans le pays de France, dans quelque ville que ce soit, nul ne pourrait les empêcher d'établir une mosquée pour leurs prières et leurs lectures religieuses".

En 1895, le Comité de l'Afrique française reprenait ce projet. Si Kaddour ben Ghabrit, ministre plénipotentiaire, président de la Société des Habous des Lieux Saints de l'Islam, l'a réalisé [2]. Le gouvernement de M. Briand, en 1920, ouvrit un premier crédit budgétaire de 500 000 francs. La Ville de Paris abandonna le terrain.

Les dons des musulmans de l'Afrique du Nord, du plus modeste au plus généreux, affluèrent. Le Maroc s'inscrivit d'abord pour 3 millions, et il ne faut pas s'étonner de cette confiance. Par l'oeuvre du maréchal Lyautey et de nos représentants dans l'Afrique du Nord, l'Islam "sent le sérieux et la gravité avec lesquels nous nous inclinons devant les manifestations de sa foi. Notre sympathie nous est dictée par un sentiment né de quinze siècles d'hérédité religieuse".

À ces paroles de Lyautey l'Africain, il convient d'ajouter celles qu'a prononcées M. Steeg en Algérie : "La France garde à la civilisation musulmane la déférence qui lui est due. Elle entend ne rien railler, ne rien troubler, ne rien effacer dans l'âme humaine de ce qui a contribué à la réconforter, à l'élever, à l'ennoblir".

En effet, la constatation réciproque d'un sentiment tel que la religion sincère doit unir dans le profond de l'esprit deux peuples dont l'un disposant des moyens matériels de la civilisation, prétend les répandre chez l'autre. Dans cette région élevée où tous les hommes aspirent, cette région emplie du souci de la vie future, "de cette affaire où il s'agit d'eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout", les hommes de bonne volonté trouvent un terrain d'entente. Devant les intérêts de l'âme, les fluctuations de la politique ne jouent pas. Il est bon que l'on sache, sur la foi d'un de leurs observateurs les plus expérimentés, qu'une grande part de la confiance que les Musulmans font à la France vient de ce qu'ils ont reconnu que son peuple ne se détournait pas de ces inquiétudes supérieures. Elle respecte leurs traditions, s'intéresse au relèvement de l'art religieux, à la conservation de ses monuments.

Aujourd'hui, les millions nécessaires à l'édification de l'institut sont versés par l'Afrique musulmane entière. Le monument s'achève. Si, pour son entretien, Si Kaddour ben Ghabrit a l'intention de faire appel à des fondations émanant de l'Islam mondial, il a mené à la vie son oeuvre féconde. La mosquée à Paris est le signe durable de l'amitié de la France pour l'Islam qui, aux heures pressantes de la grande guerre, a su lui donner la vie de ses enfants.

Nancy George
30 octobre 1925
l'Illustration, n° 4315, 14 novembre 1925

___________________________________________________


notes et commentaires


notes

[1] Cette formule rappelle étrangement la phrase de Maurice Colrat, sous-secrétaire d'État à la Présidence du Conseil, qui représentait le gouvernement lors de la cérémonie du 1er mars 1922 (orientation du mihrab) : "Quand il s'érigera au-dessus des toits de la ville, le minaret que vous allez construire à cette place, il ne montera vers le beau ciel nuancé de l'Île-de-France, qu'une prière de plus, dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses." Phrase que l'on attribue souvent par erreur à Lyautey qui l'a citée dans son discours du 19 octobre 1922. Nancy George a peut-être omis de mentionner le véritable inspirateur de sa formule...

[2] Ce n'est pas exactement le projet du Comité de l'Afrique française que ben Ghabrit a réalisé mais plutôt celui de Paul Bourdarie et de la Revue Indigène d'une part, et celui du ministère des Affaires étrangères, d'autre part. Il est vrai, cependant, que la filiation avec l'initiative avortée de 1895 est revendiquée par Bourdarie.

* l'orthographe a été respectée : moghrébines pour maghrébines, beurnouss pour burnous...


images

La mention de "A. Boiry" comme auteur des aquarelles est une erreur, probablement une faute typographique. Il suffit de regarder attentivement les dessins pour reconnaître la signature "C. Boiry". Il s'agit bien de Camille Boiry (1871-1954), peintre connu, qui fut membre de la Société Coloniale des Artistes français.
L'aquarelle des travaux vus de la rue Geoffroy Saint-Hilaire date du 11 juillet 1924, celle du patio date du 15 juillet 1925. Entre les deux, comme on peut le voir, le minaret est terminé.
Camille Boiry, né à Rennes, avait produit et exposé plusieurs oeuvres bretonnes. En 1920, il avait pu se rendre au Maroc et visiter les villes impériales. Les peintures de ce voyage furent exposées à Paris à partir du 26 avril 1922 chez le galeriste Le Goupy.

En 1920, Camille Boiry réalisa une affiche pour l'emprunt à 6% du Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie :

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Camille Boiry, affiche, 1920

texte

Mme Nancy George est un auteur qui publie dans les années 1920 et 1930. À l'époque de l'article sur la Mosquée de Paris, paraissent ses récits de voyage sous le titre Maroc-la-rouge ou les enseignements de l'Islam (1922). Son roman, Les esclaves de Méquinez, écrit au cours de l'année 1924 et publié en 1925, évoque la vie des esclaves chrétiens emmenés de Salé à Meknès sous le règne du sultan Moulay Ismaïl. L'ouvrage est préfacé par les frères Jérôme et Jean Tharaud.
Puis elle signe dans dans l'Illustration en 1926 : "Marrakech, ville de tourisme, capitale du sud marocain. La salle des tombeaux des Chérifs saadiens".
En 1928, l'éditeur Fayard publiait un autre roman, Le rival singulier. Viennent ensuite surtout des nouvelles éditées par l'Illustration ou la Petite Illustration (La Chalézane, 1929 ; Jeux d'été, 1931 ; Une aventure de Don Juan, 1935, Cinq à Sept, 1937).
Elle est donc familière de la vie marocaine, connue par des voyages et par un accès livresque.
Dans l'article de l'automne 1925, retranscrit ci-dessus, le propos de Nancy George révèle les lieux communs sympathiques d'une vision "exotique" du monde de l'Islam. Sans lui concéder totalement non plus une admiration exclusive.
Il est dit, par exemple, que cette architecture "n'a point de chance de se répandre" car elle répond aux besoins de "déracinés" mais pas des natifs de France : "nous ne pourrons pas, de longtemps encore, nous empêcher de désirer, sous les moires du ciel, parmi les frondaisons mouillées, la maison de granit bretonne ou le chalet normand ; de préférer, pour le monument qui doit surgir du flottement des nuages et s'envelopper de brumes, le grand degré de l'Orangerie à Versailles, les contours de la place Vendôme à ceux de la porte de l'Exposition sur la place de la Concorde." On sent le tropisme "naturel" d'un héritage culturel plus familier, mais l'empathie pour l'Islam l'emporte cependant.

Michel Renard

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vendredi 14 novembre 2008

tapis persan à la Mosquée de Paris

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tapis offert par le Shah de Perse à la Mosquée de
Paris en 1927 et destiné à la salle de prière


la Perse et la Mosquée de Paris

en 1926 et 1927



Question

Representant de l'Iran lors de l'inauguration de la Mosquée de Paris
Bonjour
J'aimerais savoir qui représentait l'Iran lors de la cérémonie d'inauguration de la Mosquée de Paris. Reza Shah avait offert un tapis lors de cette inauguration. Pourriez vous me confirmer si Javad Zahir ol Eslam a représenté l'Iran lors de cette cérémonie ?
Merci de vos éclaircissements.

Ameneh Zahir
posté le 1er octobre 2008


Réponse

Bonjour,

Le tapis offert par Reza Shah Pahlavi, qui appartenait au palais impérial de Golestan à Téhéran et qui avait été tissé par la fabrique de Djanchaghan, ne fut pas remis lors de l'inauguration en juillet 1926 mais quelques mois plus tard, le 12-janvier 1927. À cette occasion, la personne que vous évoquez n'est pas citée parmi les membres de la légation de Perse. L'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Perse était Mirza Assadollah Khan Assad-Bahador. Il était acompagné de Farrokh Khan Braghon, premier secrétaire ; de Mir Nalsrollah Khan Entezam-Wesiry, deuxième secrétaire-; et du colonel Ali Khan Riazi, attaché militaire.

Michel Renard
vendredi, 14 novembre 2008 21:40

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Reza Shah Pahlavi (1925-1941)

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palais de Golestan, Téhéran

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dimanche 21 janvier 2007

Mosquée de Paris : images d'un édifice

Minaret_vu_du_jardin



Mosquée de Paris : images d'un édifice

 

 

 

mosqu_e_paris_pochette
pochette de cartes postales, 1925 (?)



Msq_Paris_minaret_voiture
fin des années 1920 (1929 ?)
cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

msq_Paris_grand_patio
grand patio et vasque centrale

 

petit_patio__Yvon_
galerie du jardin ; à droite porte donnant accès au grand patio

 

msq_vue_Daubenton
mosquée vue de la rue Daubenton

 

Msq_Paris
même photo que ci-dessus

 

msq_Paris_et_minaret
mosquée et minaret vus du square

 

 

 

Msq_Paris_d_but_ann_es_1930
la Mosquée de Paris au début des années 1930 (entrée dispensaire)

 


Paris_the_Mosque
entrée du salon de thé, du souk et du restaurant

msq_Paris_angle_dispensaire___voitures
mosquée vue sur l'entrée du dispensaire

 

___________________________________________________

 

 

extrait des commentaires...

Merci de préciser que la première pierre a été pose par le Chambellan de sa Majeste Impériale le Sultan du Maroc puis inauguration à la fin des travaux par le Sultan en personne accompagné par le président de la République Doumergue.
La France a offert le terrain. La souscription publique lancée dans le monde musulman a surtout rencontré un large succès au Maroc d'où sont venus les 3/4 des fonds nécessaires à sa construction.

Posté par Axis7, jeudi 14 février 2008 à 16:10

 

 

 

...et réponse

Ce commentaire appelant à la précision... manque lui-même singulièrement de précision. De plus, en histoire, il faut citer ses références ou ses sources.

J'ai publié dans l'Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours (Albin Michel, 2006, p. 723-727), un récit des inaugurations de la Mosquée de Paris que je récapitule et précise ci-dessous :

- 1er mars 1922 : cérémonie d'orientation de la mosquée par la détermination géomagnétique de la qibla, en présence de Si Kaddour Ben Ghabrit, Ababou (chambellan du sultan) et Ben Sayah (astronome à Fès) ; le gouvernement français était représenté par Maurice Colrat ;

- 19 octobre 1922 : pose de la première pierre du mihrab, en présence des délégués des deux sultans du Maroc et de Constantinople, du maharadja de Kapurthala et de Farid Bey représentant le gouvernement kémaliste de la Turquie ; l'autorité française s'exprima en la présence du maréchal Lyautey qui eut l'élégance de ne pas porter lui-même le coup de piochette mais d'en confier le soin à un ministre marocain ;

- 15 juillet 1926 : inauguration de la mosquée en présence de Si Kaddour ben Ghabrit, du président de la République, Gaston Doumergue, et du sultan du Maroc, Moulay Youssef ;

- 16 juillet 1926 : inauguration de la salle des prières - cérémonie uniquement musulmane - en présence de Moulay Youssef et du cheikh algérien Ahmad al-‘Alâwî (confrérie ‘alâwiyya de Mostaganem) ;

- 12 août 1926 [ce fait ne figure pas dans le livre cité ci-dessus] : inauguration de la salle des conférences de l'Institut musulman de la Mosquée de Paris, en présence du Bey de Tunis, Sidi Mohamed el Habib ; Georges Leygues, ministre de la Marine représentait le gouvernement de la République.

Il ne faut donc pas chercher à tirer la couverture sur un seul pays. La plupart des pays musulmans ont participé à la consécration institutionnelle et religieuse de la Mosquée de Paris. En 1922, 1926 ou encore après.

Par ailleurs, je ne sais pas d'où vient cette affirmation que les trois quarts des fonds proviendraient du Maroc... La France a voté une subvention de 500 000 francs (loi promulguée le 19 août 1920 par le président de la République), la Ville de Paris a voté une subvention de 1 620 000 francs (15 juillet 1920) destinée à l'achat du terrain, et des fonds ont été levés dans les pays musulmans colonisés par la France. Pour quels montants ?

Le 22 mai 1925, à la séance de la Commission interministérielle des Affaires musulmanes, Si Kaddour ben Ghabrit "expose l'état d'avancement des travaux de la Mosquée de Paris dont l'achèvement a été prévu pour le mois d'octobre prochain. Il indique [que] les souscriptions consenties par les Musulmans de nos possessions et pays de protectorat sont à peu près recouvrées. Ces souscriptions se sont élevées, en chiffres ronds, à 3 250 000 francs pour le Maroc, 3 500 000 pour l'Algérie, 692 000 francs pour la Tunisie, et 240 000 francs pour les autres colonies françaises" (archives du Ministère des Affaires étrangères, Levant, 1918-1940, Arabie-Hedjaz, volume 33 : Pèlerinage à la Mecque, 1922-1927).

Il n'y a donc pas de prépondérance marocaine dans le financement de la Mosquée de Paris. L'influence du Maroc s'est, par contre, exercée de manière décisive pour la conception architecturale et artistique.

Michel Renard
14 février 2008

 

Msq_Paris_vue_lat_rale
toit à bulbe octogonale et petits bulbes circulaires sur
le hammam, toit conique de la salle de prière et minaret

 

1796234_rf-la-grande-mo-cba95094325-w400
timbre commémoratif, 2012



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dimanche 3 septembre 2006

Traduction de l'acte constitutif de la Société des Habous des Lieux Saints

 

mahakma_Sedrata
la mahakma de Sedrata (Algérie)

 

DOCUMENT

Traduction de l'acte constitutif

de la Société des Habous des Lieux Saints

16 février 1917

 

Numéro 232 du registre des minutes.
En tête est apposée le sceau de “Hadj Hammou“ Ahmed ben Abdelkader Cadi de la Mahakma d'Alger.
Louange à Dieu !

Au prétoire judiciaire hanéfite d'Alger, par devant son cadi actuel, le jurisconsulte, Seyyed “Hadj Hammou“ Ahmed, fils de feu Seyyed Abdelkader ben El Hadj Hammou, que Dieu le guide! et en présence de ses deux assesseurs Seyyed Belbahhar Ahmed, fils de feu Seyyed Omar, premier bachadel et Seyyed Ben Saied Abderrahmane ben Belkacem, second bachadel, que Dieu les protège tous les deux en leur accordant son aide !

ont comparu les hommes éminents et distingués ci-après désignés, savoir :

1°) - Le Chef du Protocole de Sa majesté le Sultan du Maroc et conseiller du gouvernement chérifien, le jurisconsulte, le très docte Seyyed El Hadj Abdelkader ben Ghabrit qui fait élection de domicile à Alger, chez le Mufti malékite, le très savant Seyyed Mohammed Arezki ben Ali ben Naceur.

2°) - L'administrateur des “Waqf“ des Fes-Djedid, le jurisconsulte, le très docte, le professeur Seyyed El Hadj Ahmed Skiredj, domicilié à Fez

Ces deux comparants agissant pour le compte du gouvernement chérifien du Maroc, en vertu d'un dahir en date du 19 rabia premier 1335 (13 janvier 1917), émanant de Sa Majesté chérifienne le Sultan Moulay-Youssef.
Le premier d'entre eux représentant en outre l'Afrique occidentale, suivant procuration lui conférant pleins pouvoirs à lui délivrée par le délégué de cette contrée, le jurisconsulte, le très docte, le cadi Abdelhamid Abdoukan El Koulghi, du Sénégal, lequel n'est pas présent à la mahakma pour la passation de cet acte.

3°) - L'homme distingué, le considérable, le respectable, le gouverneur de la banlieue de Tunis, Seyyed El Hadj Echchadli El Okby.

4°) - L'illustre, le très distingué, le très considéré, Seyyed El Hadj El-Arbi ben Cheikh.

Ces deux comparants domiciliés à Tunis et investis du mandat de représenter la Tunisie en vertu de deux décrets de Son Altesse le Bey, en date du 16 rabia second 1335, correspondant au 9 février 1917.

5°) - Le distingué, le considéré, le respecté, l'Agha Seyyed El Hadj Sahraoui, membre des délégations financières algériennes et du Conseil supérieur de l'Algérie, domicilié à Trézel, département d'Oran.

6°) - Le jurisconsulte, le très docte, Seyyed El Hadj Moustafa Ben Ahmed Cherchali, professeur honoraire de la Médersa d'Alger et cadi-notaire à Draâ-El-Mizan où il est domicilié, département d'Alger.

Ces deux comparants agissant pour le compte de l'Algérie en vertu d'une délégation du Muphti malékite d'Alger datée du 21 rabia second 1335, correspondant au 14 février 1917.

 

Tous les comparants ont requis qu'il soit pris acte de leurs déclarations ci-après :

1°) - Ils ont fondé sous le titre “Société des Waqf des deux villes Saintes“ (La Mecque et Médine) une société civile composée de sept membres actifs et de sept membres honoraires.
Les sept membres actifs sont les comparants ci-devant énumérés y compris le non-comparant et représenté.

Les sept membres honoraires sont :

1° - Le jurisconsulte, le très savant, le professeur, le cadi de la communauté musulmane de Fez, d'origine chérifienne, Seyyed Mohamed El Iraki.
2° - Le jurisconsulte, le professeur, le respectable, le très docte, le très illustre Seyyed Mohamed el-Hadjaoui, de Fez.
3° - Le très savant, l'érudit profond, le cheikh El Islam de Tunis Seyyed Ahmed Birem.
4° - Le très savant, l'homme qui doit servir de modèle et qui est le meilleur parmi les bons, le cheikh Seyyed Ahmed Chérif Bach Mufti malékite à Tunis.
5° - Le très docte, le savant qui approfondit la science, le cheikh Choaib Abou Bakr en Ali Cherif Djellili.
6° - Le très savant, le distingué, l'homme d'une haute intelligence et expérience, le cheikh Mohamed Arezki ben Ali ben Naceur, Mufti malékite d'Alger.
7° - Le très docte, le considérable, le distingué, le respecté le cheikh Mohamed Errouaz, Muphti d'Oran.

Le but de cette société est de procéder à l'acquisition de deux immeubles, l'un à La Mecque et l'autre à Médine, pour être constitués “Waqf“ au profit des pèlerins nécessiteux ayant besoin d'asile qui viennent de l'Afrique septentrionale, c'est-à-dire du Maroc, de l'Algérie et de Tunisie et aussi de ceux qui viennent de l'Afrique occidentale.

2°) - Les comparants ont choisi comme président, l'un d'eux, le jurisconsulte, le très savant, Seyyed El Hadj Abdelkader ben Ghabrit, chef du Protocole de Sa Majesté le Sultan du Maroc et conseiller du gouvernement chérifien, susnommé, lequel a accepté cette fonction et choisi comme secrétaire, le respectable, l'interprète Seyyed El Hadj Mohammed Kessous demeurant à Philippeville et comme trésorier de la société, le Taleb, l'Adel Seyyed El Hadj, Ali Malek, demeurant à Bordj Bou Arreridj, département de Constantine.

3°) - Les comparants ont donné au Président sus-nommé tous pouvoirs pour représenter la société, agir en son nom pour l'acquisition des deux immeubles dont il est parlé ci-dessus, verser le prix de vente, prendre possession et faire établir l'acte de constitution du waqf sus-visé suivant les règles prescrites par la loi musulmane. Cette délégation de pouvoirs ne comporte aucune restriction.

4°) - Les comparants ont décidé d'un commun accord que l'acquisition des deux immeubles dont il s'agit serait faite au nom du président de la société, lequel aurait toute latitude à cet égard, de même que pour la constitution du habous et pourrait agir en tout cela, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un mandataire chargé de la substituer.

5°) - Les comparants ont chargé le président de la Société de rédiger les statuts et le mode d'administration auxquels seront soumis les deux immeubles à acquérir ainsi que les conditions d'admission des pèlerins qui devront y trouver asile. Ces statuts seront soumis à la ratification de la Société lors de la prochaine assemblée de ses membres.

6° ) - Les comparants ont décidé qu'ils se réuniraient pour délibérer sur les intérêts de la Société chaque année, dans les premiers jours du mois de choual. Leur première réunion ayant eu lieu à Alger, la seconde se tiendra au Maroc, dans la ville de résidence du Sultan, et la troisième à Tunis. En dehors de ces réunions et en cas de nécessité, il appartiendra au président de la Société de convoquer ses membres en réunion extraordinaire, à tel endroit qu'il lui plaira de désigner.

De tout ce qui précède, il a été dressé acte.

En foi de quoi, témoignage est porté par celui qui a eu entière connaissance de tout ce qui est exposé, à la date du 16 février 1917, correspondant au 23 rabia, second 1335.

Ont signé : Belbahhar Ahmed ben Omar, que Dieu le guide! Ben Saïd Abderrahmane Ben Belkacem que Dieu le protège! L'humble serviteur de son Dieu : Hadj Hammou Ahmed ben Abdelkader, que Dieu le protège!

Archives Nationales

* cette publication d'une source, découverte par moi dans les Archives Nationales, est reprise par le site "musbene" (ici), en date du 1er juillet 2008, sans qu'il en mentionne l'origine éditoriale. Nul n'est "propriétaire" d'un texte ancien - et c'est très bien qu'il circule - mais la déontologie intellectuelle impose de mentionner l'auteur de sa "découverte" et de son édition, qu'elle soit en ligne ou sur papier. [réparation faite le 29 juin 2011... mais disparue ensuite !]
Michel Renard

msq_Paris_janv_2005__1_
Mosquée de Paris

______________________________________________________

Notes

Adel : personne honorable, apte à témoigner.
Cadi : magistrat de la justice musulmane; juge mais aussi officier public ministériel s'apparentant au notaire.
Bachadel : juge suppléant du cadi.
Mahakma : tribunal du cadi.
waqf ou habous : biens de mainmorte (privés de droits de succession et ne pouvant s'aliéner), destinés à une œuvre pieuse ; dans la traduction originale, le mot waqf est orthographié "Oukaf' ou "oukafa".

 

 

RÉCAPITULATIF

Membres fondateurs de la Société des Habous
selon l'acte constitutif de 1917


Les sept membres actifs :

- El Hadj Abdelkader Ben Ghabrit, président
- El Hadj Ahmed Skiredj
"agissant pour le compte du gouvernement chérifien (dahir du Sultan)"

- El Hadj Echchadli El Okby
- El Hadj El-Arbi Ben Cheikh.
"investis du mandat de représenter la Tunisie (décrets du Bey)"

- El Hadj Sahraoui
- El Hadj Moustafa Ben Ahmed Cherchali
"agissant pour le compte de l'Algérie (Muphti malékite d'Alger)"

- Abdelhamid Abdoukan El Koulghi
Sénégal, "délégué" de l'Afrique occidentale ; procuration à Ben Ghabrit

 

Les sept membres honoraires :

- Mohamed El-Iraki (cadi, Fez)
- Mohamed El-Hadjaoui (jurisconsulte, Fez)

- Ahmed Birem (Tunis)
- Ahmed Cherif Bach (muphti malékite, Tunis)

- Choaib Abou Bakr En Ali (Tlemcen)
- Mohamed Arezki Ben Ali Ben Naceur (muphti malékite, Alger)
- Mohamed Errouaz (muphti d'Oran)

Le président Ben Ghabrit a choisi comme secrétaire et comme trésorier :

- El Hadj Mohammed Kessous (interprète, Philippeville), secrétaire
- El Hadj Ali Malek (Bordj Bou Arreridj), trésorier

Michel Renard

 

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Si Kaddour ben Ghabrit (à droite) et le sultan Moulay Hafid (1908-1912)

 

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